Charlotte Wolff MD

Magnus Hirschfeld

A portrait of a pioneer in sexology

 

Quartet Books 1986

London, Melbourne, New York

 

Magnus Hirschfeld

Portrait d’un pionnier de la sexologie

 

 

Index

Exil à Ascona, 374-377, 379, 429-430

Freud, Sigmund, 101, 145, 172, 245, 263, 277, 444

et la bisexualité, 114

attaques de Blüher, 133-134

conception des femmes, 95

attitude de MH envers, 200-201

critiques de MH contre, 271

et prévalence de l’homosexualité, 59

relations avec MH, 64-65, 81, 101-102, 138, 256, 436

théorie sur l’homosexualité, 64-65

 

p. 34-35

Théorie d’Hirschfeld sur l’homosexualité

 

p. 42

Chapitre 3

Recherches et travail social

En février 1897 Hirschfeld rendit visite à Max Spohr à Liepzig, et trouva en lui non seulement l’éditeur rêvé mais aussi un ardent défenseur du projet dans lequel il s’était engagé. Max Spohr, Edward Oberg et Hirschfeld rédigèrent les statuts de l’Association du Scientific-humanitarian Committee (S. H. C.) le 15 mai 1897, au domicile de Hirschfeld, à Charlottenburg (ces statuts ne furent pas publiés avant 1907 – voir Appendice 2 p. 449). Ces trois pères fondateurs furent immédiatement rejoints par le Dr Richard Meienreis, philologue à l’Université de Königsberhg, Hermann von Teschenberg, un avocat, et Franz Josef von Bülow. Chacun d’eux déposa 100 Deutsch Marks en or sur la table, à l’exception de von Bülow, qui déposa 200 Goldstücke (souverains). Cet argent couvrit le coût initial de l’entreprise. Herr von Meerscheidt-Hüllesem, un haut officier de la police criminelle, les rejoignit très peu de temps après (V. E. b. J. 14).

Aucune femme ne participa au projet avant longtemps. À ce stade c’était une affaire d’hommes pour les hommes. Leur principal objectif était l’abolition de l’article 175, une loi qui punissait les homosexuels non seulement de lourdes peines de prison mais encore d’une perte de leur statut et de leur travail – même quand la

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cour les avait relaxés pour insuffisance de preuves. Après la fondation de la S. H. C.,

 

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Hirschfeld isolé dans sa prise de position contre l’avortement.

Principe des Yearbooks

 

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Pendant la même période, le mouvement des femmes, qui avait pris naissance plusieurs décennies plutôt, prenait de l’ampleur dans sa révolte contre les épouvantables stéréotypes de la " morale " qui avaient fait des femmes les esclaves des conventions hypocrites et de la société patriarcale. Leur revendication pour l’amour libre et un style de vie indépendant entraînait avec elles une meilleure compréhension de la liberté de toutes les sortes d’amour. Il y avait une certaine parenté entre le travail de Hirschfeld et les objectifs du mouvement des femmes, et ses recherches sur l’homosexualité féminine était très redevable au féminisme allemand. La révolution sociale toute entière était comme un volcan grondant sous une montagne de fausses valeurs.

 

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En décembre 1903 il envoya un questionnaire à 3000 étudiants masculins de la Charlottenburger Technische Hochschule. Il leur était demandé de répondre sur une carte postale, sans donner leur identité, s’ils étaient attirés seulement par les femmes, les deux sexes, ou le même sexe. Les cartes présentaient un F imprimé sur le côté gauche, un H au milieu, et F+H sur la droite. Il y avait aussi une colonne intitulée " Déviation " pour ceux qui ne se reconnaissaient dans aucune catégorie. En février 1904 la même enquête avait été envoyée 5000 ouvriers métallurgistes, après que Hirschfeld ait donné une conférence sur l’homosexualité sur leur invitation (J. f. s. Zw. VI).

Hirschfeld et la SHC étaient pleinement conscients des erreurs d’interprétation dont ses recherches pouvaient faire l’objet, mais ils furent surpris de la malveillance qui suivit l’envoi du premier questionnaire. La presse de droite le qualifia d’offensant et de tentative de détournement de la jeunesse allemande. Et le Die Staatsbürgerzeitung alla si loin qu’il recommanda à la corporation des étudiants d’assigner Hirschfeld et la SHC. Die Deutsche Tageszeitung s’exprima dans le même esprit.

L’enquête envoyée aux ouvriers métallurgistes fut, cependant, bien accueillie, et obtint un fort pourcentage de réponses. Contrairement aux travailleurs, beaucoup d’étudiants furent extrêmement indignés par le questionnaire, juste comme la presse conservatrice l’avait prédit. Six des étudiants furent suffisamment furieux pour mener Hirschfeld devant un tribunal. En mars 1904 il reçut une assignation l’accusant de propager des enquêtes obscènes et des brochures. Le [Chief Justice] Isenbiel, connu pour sa haine des homosexuels, présidait la cour. Le jugement tomba contre Hirschfeld. Il fut condamné à une amende de 200 DM et fut condamné aux dépens. Son avocat avait demandé à la cour la relaxe. Il avait donné nombre d’arguments puissants, soulignant l’importance scientifique de l’investigation et faisant remarquer que l’enquête n’avait pas eu lieu à la seule initiative de Hirschfeld, mais à la demande de 200 membres du SHC, beaucoup d’entre eux étaient des médecins et des scientifiques. Il attira aussi l’attention sur le fait qu’aucun des ouvriers métallurgistes n’avait eu de doutes sur l’enquête. Hélas, il ne put ébranler la partialité de la cour.

Les manifestations de protestation contre le jugement furent organisées par une majorité d’étudiants de la Technische Hochchule. Beaucoup de journaux libéraux condamnèrent l’obscurantisme des six étudiants. Le Clergé était aussi divisé sur la question que la presse. Et même un certain nombre de femmes avaient rejoint les rangs des accusateurs. Mais le réconfort vint de la classe laborieuse. Les ouvriers métallurgistes écrivirent à

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Hirschfeld : " Notre cercle de travailleurs a compris la question de votre enquête dans le sens où elle pouvait être comprise – c’est à dire comme une recherche scientifique. "

Les résultats de cette enquête furent obtenus par une méthode statistique qui ne serait pas satisfaisante aujourd’hui, mais ils sont tout de même d’un intérêt considérable. Le pourcentage d’homosexuels parmi les étudiants qui répondirent à l’enquête était de 1,5 et de 4,5 pour les bisexuels. Des 5000 ouvriers métallurgistes 1,15 % étaient homosexuels et 3,19 % bisexuels. Le pourcentage de " déviations " était relativement élevé dans les deux groupes : 6 % parmi les étudiants et 4,34 % parmi les travailleurs.

Moll écrivit dans Handbuch der Sexualwissenschaft (vol. II, p. 772 ; 1912), dont il dirigeait la rédaction, que les résultats du questionnaire des étudiants de Hirschfeld étaient très douteux. On ne pouvait donc pas se fier à la conclusion que 1,5 % de la population était homosexuelle, et 4,5 % bisexuelle.

D’autre part, Sigmund Freud fit une assertion soutenant l’enquête de Hirschfeld dans le premier chapitre de ses Trois essais sur la théorie sexuelle. Il écrivit, sous le titre " Déviations par rapport à l’objet sexuel " : " Le nombre de telles personnes est très important, cependant il est difficile de l’établir précisément. " Et, en note : Sur ces difficultés, et sur les tentatives effectuées pour connaître la proportion d’invertis, voir Hirschfeld, (1904). "

 

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Jusque là Hirschfeld n’était pas désespéré. Il avait accompli de grands progrès en sauvant beaucoup d’hommes accusés de " sodomie " de peines de prison. Il avait appris par quelques employés du Ministère de la Justice que beaucoup de juges traitaient ces cas avec indulgence et compréhension, principalement grâce au travail du S.H.C. et de la personnalité de Hirschfeld. Et c’était un coup de chance que les listes des maîtres chanteurs et des homosexuels qui étaient passés devant la cour soient conservées dans la même pièce au Polizeipraesidium. Plus les policiers et les commissaires du service de l’homosexualité en venait à connaître les deux " catégories ", plus ils devenaient compréhensifs à l’égard des victimes des maîtres chanteurs. Un des plus émouvants exemples d’un tel policier était Leopold von Meerscheidt-Hüllesem dont les yeux s’étaient ouverts sur les horreurs de l’article 175 après trois décennies passées à persécuter les homosexuels avec autant de

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préjugés que la plupart de ses collègues. Il prit contact avec Hirschfeld en 1897, et en 1901il lui envoya un manuscrit témoignant de l’injustice de l’article 175, avant de se suicider. Il était marié et avait trois fils, mais était pleinement conscient de ses penchants homosexuels. Sa position contre la sanction d’une sexualité hétérodoxe commençait à être connue de ses collègues et les influençait profondément. Même les basses catégories de fonctionnaires du département s’occupant des homosexuels les regardaient d’une façon nouvelle. Désormais, les agents provocateurs devenaient pratiquement superflus.

Magnus Hirschfeld avait reçu des félicitations pour ses recherches et expertises médicales auprès des tribunaux de la part de sommités de nombreuses professions. Les éminentes figures de la biologie et de la psychiatrie Ernst Haeckel et Richard von Krafft-Ebing lui avaient donné une approbation scientifique ; Sigmund Freud, un homme de son âge, reconnaissait ses mérites – la psychanalyse était déjà en vogue en Allemagne au début du siècle. Freud lui-même et ses fidèles compagnons comme Karl Abraham et J. Sadger, collaborèrent aux Yearbooks et plus tard au Die Zeitschrift für Sexualwissenschaft (Le Journal de la Science Sexuelle) édité par Hirschfeld (1908).

Les relations entre Hirschfeld et Freud furent dramatiques. À l’origine, chacun des deux hommes admirait le travail de l’autre, et ils éprouvaient une sympathie réciproque. Leur contact personnel était bien établi avant 1906, aussi cette année là Freud écrivit à Hirschfeld à propos du pénible incident avec Wilhelm Fliess qui l’avait accusé d’indiscrétions à l’égard du Dr Swoboda. Fliess était convaincu que Swoboda avait plagié ses idées sur la bisexualité. La lettre de Freud était une demande implicite d’aide à Hirschfeld, qui ne fut pas long à la lui apporter. Il publia dans le Wiener klinische Rundschau n° 38 (1906) un article brillant et cinglant intitulé : " Die gestohlene Bisexualität " (" La bisexualité dérobée "). Il fit parfaitement ressortir que Fliess ne pouvait revendiquer la priorité à propos d’un thème qui était de toutes façons vieux comme le monde, et avait été traité avant lui par Schopenhauer, par lui-même et beaucoup d’autres. Hirschfeld avait aussi un intérêt personnel dans cette affaire puisque Fliess avait essayé de le diminuer dans un épilogue [of Pfenning’s pamphlet] " Wilhelm Fliess und seine Nachentdecker " (1906).

Les contradictions semblent inévitables entre pionniers de la recherche. Ni Hirschfeld ni Freud n’étaient à l’abri de vicissitudes ni d’erreurs dans leurs travaux. La théorie de Freud sur l’homosexualité était complexe,

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tandis que celle de Hirschfeld était simple. Freud croyait à deux types d’homosexualité. Dans son explication de " l’inversion ", il écrivit :

 

La nature de l’inversion ne s’explique ni par l’hypothèse qu’elle est innée, ni par l’hypothèse qu’elle est acquise… [etc. : citation de Trois essais, p. 6-7.] …Comme nous l’avons déjà montré, l’existence de ce dernier facteur ne peut être déniée.

 

En fait, la véritable différence entre leurs théories était la conception de Freud du complexe d’Œdipe qui conduisait à la répression de l’homosexualité et était à l’origine de beaucoup de difficultés psychologiques chez les hommes et les femmes. Jusque là Freud acceptait la conception de l’homosexualité mise en avant par S. Ferenczi qui distinguait deux types d’homosexualité. Freud citait Hirschfeld dans le livre cité ci-dessus [p. 59 ?] comme dans celle-ci : " Le premier il reconnut comme… [Citation de Trois Essais p. 12]

Il est clair d’après cette citation que Freud approuvait le travail de Hirschfeld, mais le considérait comme une partie seulement de la vérité, puisqu’il n’incluait pas tous les cas. L’approbation de Freud remonta le moral de Hirschfeld en dépit de sa note critique.

Il y avait beaucoup de scientifiques éminents qui acceptaient de tout cœur les théories de Hirschfeld. Parmi eux se trouvait le Dr L. S. A. M. von Römer qui appartenait au cercle étroit du SHC.

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Chapitre 4

Les procès Harden

Les liberté de la presse dans l’Allemagne Wilhelminienne n’avait pas été muselée, et les collaborateurs des hebdomadaires politiques comme Die Zukunft et Die Weltbühne exprimaient leur opinion sans obstacles. Maximilien Harden prenait à cœur l’avenir de l’État Allemand. Il se trouva juif et allemand nationaliste. Son patriotisme était en fait souillé d’un chauvinisme qui le conduisait à révéler devant les tribunaux les penchants homosexuels de personnalités de haut rang proches du Kaiser. Il semble exact que ses motivations pour agir ainsi aient été étaient de sauver le Kaiser de ses amis. Il considérait Fürst Philip Eulenburg et son amant Raymond Lecomte, conseiller à l’ambassade de France, comme les plus dangereux. À ces deux personnages s’ajoutait Graf Wilhelm von Hohenau et Graf Jonannes zu Lynar dans l’entourage du Kaiser au château de Liebenberg qui appartenait à Eulenburg. Wilhelm II aimait se joindre à la " table ronde " (Freundeskreis) parce qu’il admirait le goût et l’intelligence de Fürst Eulenburg, qui n’était pas seulement son ami intime mais aussi son conseiller politique. Le Kaiser l'écoutait sans réserves. Le goût de Wilhelm II pour les homosexuels prouvait qu’il était

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sensible à l’atmosphère " magique " de leur mode de vie. Et l’intelligence d’Eulenburg était telle que ses flatteries faisaient de lui le compagnon le plus désirable. Mr Lecomte avait un esprit et un savoir vivre qui étaient très apprécié du Kaiser qui, maladroitement, n’eut pas assez de bon sens pour comprendre que cette homme était dangereux pour son pays. En tant que " mignon " d’Eulenburg il avait l’opportunité d’entendre des secrets d’État qu’il communiquait immédiatement au Ministère des Affaires Étrangères français. Les fonctionnaires français les mettaient à profit, mais gardaient le silence aussi longtemps que la situation leur convenait.

Maximilien Harden condamnait ce milieu entourant le Kaiser dans plusieurs articles du Die Zukunft. L’un publié le 17 novembre 1906 fut suivi une semaine plus tard par un autre qui accusait ouvertement les personnes " malades et dégénérées " entourant de Wilhelm II. Il cita Fürst Eulenburg et Graf Kuno von Moltke comme des hommes qui écrivaient et parlaient l’un de l’autre dans le langage fleuri de l’amour. Harden était pleinement conscient que la " Hof affair " avait déjà commencé de nombreuses années avant – il en avait eu vent aux alentours de 1901 – mais le " vice " avait commencé bien avant cela. En 1902 le Dr Moll avait publié un article dans Die Zukunft, dans lequel il écrivait que certaines personnes de la haute société qui se laissaient aller à la " déviance " de l’homosexualité étaient bien connues du public : " La vérité nue à leur sujet pourrait surprendre même leurs proches, mais ils devraient s’habituer à ce malheur " (Rapport Mensuel du SHC, 1907).

(…)

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Eulenburg quitta Berlin pour Territet sur le Lac de Genève après le premier article de Harden dans lequel il était impliqué. Il revint, cependant, au début de 1907. Graf Kuno von Moltke demanda à Harden de retirer son accusation, et quand il refusa, on dit qu’il le défia en duel. Ce qui fut nié par Harden. Moltke engagea des poursuites en diffamation contre lui. Il demanda à la plus haute cour de justice d’instruire l’affaire, mais sa requête ne fut pas acceptée. Il se porta donc comme plaignant privé contre Maximilien Harden avant un procès par jury (Schöffengericht). L’affaire, naturellement, fit une énorme sensation, à laquelle la presse donna un large écho qui, majoritairement, louait Harden pour son courage de porter le scandale sur la place publique.

Mais quand, quelques semaines plus tard, Harden fit savoir qu’il n’accusait pas le " gentlemen " de sodomie, mais seulement d’une certaine disposition d’esprit, il fut aussi sévèrement critiqué pour sa lâcheté qu’il avait été chaudement félicité pour son courage.

Le premier procès contre Harden dura quatre jours, du 26 au 30 octobre 1907. Magnus Hirschfeld, qui tenait le rôle d’expert médical pour la défense, fit clairement entendre à la cour que l’homosexualité était innée et que pour cette seule raison elle ne pouvait pas être punie. De toutes façons, Graf Moltke n’était pas accusé de fait au titre de l’article 175. Il avait une disposition physique qui était [by no means rare]. Elle lui faisait préférer " l’amitié des hommes " à l’intimité avec les femmes. Il (Hirschfeld) ne considérait pas comme offensant de qualifier quelqu’un " d’homosexuel ".

(…)

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Quand Hirschfeld était calomnié par la presse, il recherchait quelque réconfort auprès de ses compagnons scientifiques. Il espérait même que le Dr A. Moll prendrait position en sa faveur. Il est presque incroyable qu’il ait pu être assez aveuglé par l’espoir et la naïveté pour espérer le soutien d’un homme qui avait déjà exprimé son antagonisme à son égard dans plusieurs publications. Contre tout espoir, il attendait une article de Moll en sa

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faveur. Finalement Hirschfeld soupçonna Moll de conspirer contre lui avec le Dr Levy, le rédacreur en chef du Die Vossische Zeitung. En outre, Moll publia deux article supplémentaires, hautement critiques à l’égard de Hirschfeld, dans le Die Deutsche Medizinische Wochenschrift et dans le Die Zeitschrift für ärztliche Fortbildung sur " Quelques leçons tirées des procès Harden ". Hirschfeld commenta à ce propos : " Dans les deux articles il m’a attaqué ainsi que mes travaux scientifiques. Ces attaques ont été citées par le Vossische Zeitung et d’autres journaux. Je veux faire remarquer que Moll m’a précédemment attaqué ainsi que d’autres sexologues dans des articles de journaux. Je me souviens encore combien il a sévèrement critiqué dans le Berliner Tageblatt le dernier travail du Dr Iwan Bloch sur la sexualité humaine, qui rencontra ailleurs une grande approbation. "

Le Dr Iwan Bloch lui-même fit beaucoup pour restaurer la confiance en lui de Hirschfeld. Il écrivit dans une critique de livre du Dr Loewenfeld, une autorité en psychologie sexuelle, que l’auteur appartenait à la majorité des chercheurs scientifiques qui considéraient la science de Hirschfeld sur le sujet de l’homosexualité comme inégalée. Et il n’avait pas non plus de doutes sur ses qualifications scientifiques. D’autres autorités bien connues comme le Professeur Albert Eulenburg, Sigmund Freud, Havelock Ellis, le Professeur Friedrich S. Krauss, le Professeur Paul Näcke, le Dr L. S. A. M. von Römer et le Dr H. Rohleder, partageaient également ses vues.

(…)

 

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Chapitre 5

Hirschfeld et le mouvement féministe

L’année des deux premiers procès Harden avait également été restrictive pour le mouvement féministe allemand. En 1907 un porte-parole du Ministère de la Justice, qui traitait de la possible révision de l’article 175, fit comprendre au SHC que les mesures contre les hommes n’étaient pas les seules à pouvoir devenir plus sévères, mais que l’homosexualité féminine devrait y être intégrée. La nouvelle concernait Hirschfeld au premier plan. Il soutenait le mouvement féministe allemand, et admirait ses brillantes représentantes. La menace d’une intégration des femmes à l’article 175 conduisit à resserrer le contact entre le mouvement des femmes et la SHC, que quelques féministes rejoignirent plusieurs années plus tard.

Bien qu’un certain nombre de femmes aient contribué aux Yearbooks avant 1908, Hirschfeld n’avait invité qu’une seule femme, la Dr Helene Stöcker, à écrire pour le Zeitschrift für Sexualwissenschaft (Journal de la Science Sexuelle), qui restait donc une tribune pour hommes. L’essai de la Dr Stöckers sur " Les différences entre la vie amoureuse des femmes et des hommes " était, en fait, une réponse à un article béotien du Dr Wilhelm Sternberg sur le même sujet, qui était paru dans le journal. La Dr Stöcker fit remarquer qu’il était parfaitement

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incroyable qu’une des publications les plus progressistes qui traitait des recherches et des attitudes par rapport à la sexualité puisse avoir imprimé un tel témoignage de machisme. Il contenait les opinions les plus hypocrites et condescendantes au sujet des femmes. Elle admonesta fermement le rédacteur en chef, Hirschfeld, pour avoir accepté un tel matériel, qui était en contradiction directe avec son propre travail et ses idées fondamentales sur l’égalité des sexes. Cependant, la Dr Stöcker elle-même n’était pas complètement dégagée de contradictions à propos de l’égalité intellectuelle entre femmes et hommes. Elle croyait encore à la supériorité de l’intelligence et de la sagesse masculines et elle était incapable de se débarrasser elle-même des anciens stéréotypes. Hirschfeld croyait à la supériorité du caractère féminin, mais à l’infériorité de leurs facultés intellectuelles par rapport aux hommes.

Les citations suivantes montrent l’ambivalence des idées de Hirschfeld sur les facultés intellectuelles des femmes. Il écrivit dans Die Transvestiten : " La femme est plus réceptive que l’homme dans sa vie amoureuse et intellectuelle. Elle est plus impressionnable, sentimentale et spontanée. Mais elle n’a pas le même don pour la pensée abstraite, ni pour l’activité réellement créatrice. Sa capacité à produire est localisée à des fonctions intellectuelles relativement simples " (p. 277).

Dans le premier volume de sa Sexologie, il admit que le poids plus faible du cerveau des femmes par rapport à celui des hommes n’était pas une preuve de leur infériorité intellectuelle. Cependant il disait dans le même livre : " Mais on ne peut pas nier qu’il existe nombre de faits qui, tout à fait objectivement, mettent en évidence l’infériorité intellectuelle des femmes. Il cita comme exemple l’allocution inaugurale de l’Université de Berlin par le Professeur Ernst Bumm, intitulée " Über das Frauenstudium ", dans laquelle il disait que les femmes n’avaient pas de valeur particulière, même en obstétrique qui devrait être leur matière de prédilection (p. 487). En réalité, elle avait toujours été le domaine des médecins masculins.

Comme si ce n’était pas suffisant, Hirschfeld ne rejetait pas complètement le fameux (ou infâme) livre du Dr P. G. Möbius Über den physiologischen Schwachsinn des Weibes (De la faiblesse d’esprit physiologique des femmes), (Gschk., p. 486).

Il s’orienta vers une vision plus positive de l’intelligence féminine après avoir entendu " la courageuse conférence du Dr M. Vaerting, en 1921. Elle affirma que la comparaison exacte entre hommes et femmes nécessitait une comparaison sur des bases complètement nouvelles. On ne peut comparer les facultés des deux sexes que dans les mêmes conditions d’éducation et d’apprentissage. Aussi longtemps que l’un aura une prééminence sur l’autre, une telle comparaison est impossible " (Gschk., pp. 488, 489). Déjà à la page suivante il revient sur cette vision positive quand il dit : " Rien ne serait plus erroné, en dépit de la liberté considérable que les femmes ont

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obtenue, que de croire qu’il n’existe pas de différences entre leur construction psycho-physique et celle des hommes. "

Dans le volume III de Sexology, publié en 1930, il va jusqu’à reconnaître que de très grandes femmes comme " Rahel Varnhagen, Lily Braun, la Dr Stöcker sont intellectuellement supérieures à l’homme moyen. Elles ne sont, cependant, que des phénomènes plutôt rares " (p. 260).

Cette attitude conventionnelle contredisait ses idées progressistes sur l’égalité des sexes. Le Dr Magnus Hirschfeld et la Dr Helene Stöcker, deux des penseurs les plus avancés de leur temps, portaient encore leurs nouveaux vêtements à l’ancienne mode.

Bien qu’elle ait également excellé comme auteur dans les domaines du pacifisme et de l’esthétique, la principale préoccupation de Helene Stöcker était l’amour libre et la protection des mères – les mères célibataires et leur enfant illégitime en particulier. En 1904, avec les autres personnalités du féminisme, elle fonda la Bund für Mutterschutz (Union pour la protection des mères), et en 1905 elle lança le journal Mutterschutz – Zeitschriftzur Reform der sexuellen Ethik. En leur temps, un certain nombre d’hommes rejoignirent le mouvement des femmes, parmi lesquels Magnus Hirschfeld. Certains prirent une part active dans son association et collaborèrent au journal dont elle dirigeait la rédaction. L’un des cofondateurs de la Bund et du journal était le Dr Max Marcuse. Il était un éminent sexologue, mais un homme très ambitieux. Il manœuvra pour être lui-même mandaté par Mr Sauerland, l’éditeur du journal de Helene Stöcker, pour la remplacer à la rédaction. À partir de 1908, le journal parut sous le nom de Sexuelle Probleme, der Zeitschrift Mutterschutz neue Folge. La Dr Stöcker n’était pas du genre à prendre une telle injure à la légère. Elle continua son journal avec Maria Lichnewska et Ruth Bré, sous le titre Die Neue Generation.

En 1907 Maria Lichnewska avait écrit dans la revue Neues Frauenleben un article enthousiaste sur les progrès réalisés dans le domaine de la réforme sexuelle. Elle exagérait peut-être quand elle déclarait que toutes les difficultés avaient maintenant été vaincues. Au cours d’un débat sur le sujet, présidé par Ellen Key, la Dr Helene Stöcker, Ruth Bré, Magnus Hirschfeld et d’autre éminentes personnalités prirent la parole et les homme et femmes déjà célèbres étaient présents. Lichnewska conclut que ce congrès était " l’un des événements les plus importants des dix dernières années pour le mouvement des femmes ". Elle expliqua que toutes les personnes présentes avaient approuvé une nouvelle conception du mariage dans laquelle femmes et hommes disposaient

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des mêmes droits, et que la femme était libérée de l’oppression qu’elle avaient subie depuis des millénaires. Cette revendication, poursuivit-elle, occupait une position centrale à la Bund. Et constituait ainsi la lutte contre toute morale conventionnelle, par laquelle elle signifiait manifestement la " condamnation " de l’illégitimité et de l’homosexualité.

En 1911 la menace que les femmes soient intégrées à l’article 175 était devenue plus aiguë, de même qu’en 1912 le Reichstag devait être réélu et la révision de la loi sur l’homosexualité était inscrite sur l’agenda. En 1911 quelques féministes, sous l’influence de Helene Stöcker, rejoignirent le S. H. C. Le numéro de Janvier de Die Neue Generation parut sous le titre Zeitschrift für Mutterschutz und sexual Reform. Aussi étrange que cela puisse paraître, les numéros suivants de cette année ne portaient pas ce titre additif.

La Dr Stöcker posait le problème des femmes clairement et sans ménagements dans un article de son journal Die Neue Generation (août 1908) sur " Le procès d’Eulenburg et la science sexuelle ". Le passage suivant mérite d’être relevé : " Je trouve injustifiable et hypocrite que la séduction homosexuelle soit considérée comme un crime, tandis que la séduction d’une femme, qui peut ruiner sa vie entière, est néanmoins considérée comme honorable. Les hommes trouvent même dans un tel comportement le signe d’une louable " virilité ". Elle ne se laissait impressionner par aucune des critiques adressées à l’homosexualité entre hommes aussi longtemps que de semblables sentiments n’étaient pas étendus à la séduction d’une femme par un homme.

La Dr Stöcker exigeait une science sexuelle sans préférences pour les problèmes masculins. Mais elle louait les efforts de Hirschfeld, sachant qu’ils pouvaient inclure la lutte pour les droits féminins dans un " monde d’hommes ". Hirschfeld avait été l’un des premiers à demander l’égalité des droits entre les sexes, et à revendiquer l’abolition des lois contre l’avortement, comme je l’ai déjà mentionné.

Bien que l’année 1907 ait été particulièrement malheureuse pour Hirschfeld, sa collaboration avec le mouvement des femmes avait élargi son horizon et enrichi sa vie. L’attitude typique des hommes à l’égard des femmes lui avait toujours répugné, ce qu’il exprimait dans " Depuis les premiers jours jusqu’à maintenant " (fascicule 20) de la façon suivante : " L’homme d’une femme appartient à la catégorie de ces tyrans domestiques patriarcaux qui considèrent leur famille comme une sorte de servante. " Il écrivait que le mot " famille " trouvait sa racine dans fames (faim), et " domestique " ne désignait rien d’autre qu’une personne à charge qui a besoin de quelqu’un pour la nourrir. Pendant trop longtemps cela a été le père. Il considérait sa femme et ses enfants comme sa propriété, et leur attribuait l’article neutre das (cela), les qualifiant des choses au lieu d’êtres humains.

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Hirschfeld, qui aimait son propre sexe, n’était certainement pas misogyne. Il avait une admiration démodée pour les femmes splendides, particulièrement celles en position de pouvoir, et il prisait également les femmes intellectuelles. Il restait dans une crainte respectueuse des féministes importantes qu’il admirait, pas seulement pour leur intelligence mais aussi pour leur détermination et leur pouvoir positif. Il avait une admiration sentimentale, si ce n’était pas un " béguin ", pour la féministe bien connue Minna Cauer, qui combinait une " féminité " et une belle apparence à une intelligence hors du commun. Il écrivit que sa " beauté délicate et expressive " avait produit une inoubliable impression sur lui.

L’intérêt particulier de Hirschfeld pour les femmes lesbiennes était probablement la raison pour laquelle il exprimait exagérément son admiration pour les féministes " normales ". La peur d’offenser les femmes " normales " paraît également évidente dans les articles écrits par des lesbiennes pour le Yearbook. Une inhibition sous-jacente à leur égard les rendait réticentes. On aurait pu penser qu’il était dans l’intérêt du Mouvement des Femmes de donner un nouveau départ à leur campagne pour la liberté quand leurs membres homosexuelles furent menacées par la loi. Mais ce n’était aucunement une préoccupation pour toutes les femmes appartenant à un groupe féministe.

Pour comprendre les division de leurs solidarités et de leurs " morales ", je dois donner un court résumé de l’histoire du féminisme allemand.

L’organisation des mouvements féminins allemands remonte au milieu du dix neuvième siècle. Ils avaient commencé par la revendication de femmes des classes moyennes de droits pour leur sexe. Leur principale préoccupation concernait l’amélioration des conditions économiques et sanitaires du travail féminin. Il est difficile de savoir si leurs revendications étaient dictées par un authentique socialisme ou par une attitude charitables à l’égard de leurs sœurs moins fortunées. Avec le temps, les bourgeoises féministes devinrent plus égoïstes ; elles revendiquèrent l’indépendance économique par rapport aux hommes et une meilleure éducation pour leur propre sexe – les femmes souhaitaient l’accès aux universités et aux instituts techniques. Mais l’image générale de la nouvelle femme professionnelle était toujours dans la sphère du travail social et des services de santé.

Le Mouvement des Femmes avait, depuis le début, souffert de scissions entre de nombreuses organisations. Elles avaient, cependant, une chose en commun : la modération. Les nouvelles militantes n’étaient pas préoccupées par un changement de la société dans son ensemble, mais par l’octroi de plus de droits aux femmes au sein de la structure existante. La modération de leurs revendications représentait une base commune sur laquelle elles s’unissaient comme dans la Bund Deutscher Frauenvereine (BDF). Parmi les différentes

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associations certaines étaient d’inspiration religieuse ou nationaliste. D’autres faisaient de l’accès aux professions leur objectif principal. Mais quelque soit le changement que ces femmes désiraient, l’idéal de la bonne épouse et mère de famille demeurait toujours une de leurs principales préoccupations.

Il s’agissait, cependant, de celles qui se tenaient à l’écart des nouvelles idées radicales. La plus radicale était Hedwig Dohm qui, avec les membres de la même tendance, revendiquaient une réforme de la BDF. En 1888 elle alla jusqu’à revendiquer le droit de vote pour les femmes. Deux autres grandes féministes de même envergure étaient Minna Cauer et la première femme médecin allemande, Franziska Tiburtius. Ces femmes désiraient aussi la complète égalité avec les hommes.

À l’opposé on trouvait le Mouvement des Femmes prolétaires, dont la meneuse la plus remarquable était Klara Zetkin. Elle faisait partie des socialistes indépendants. Au milieu on trouvait les socialistes radicaux comme la Dr Helene Stöcker et ses cofondatrices du Mutterschutz. Ces femmes prenaient au grand jour les mêmes positions politiques et humaines que Magnus Hirschfeld. Elles revendiquaient que toutes les formes d’amour puissent relever du domaine privé, libéré de l’ingérence de l’État. Ce principe leur faisait comprendre l’objectif que poursuivaient Magnus Hirschfeld et le SHC pour les homosexualité et les autres variations sexuelles. La grande majorité de ces féministes n’étaient pas homosexuelles, mais elles avaient une attitude positive à l’égard du lesbianisme. Les abolitionnistes comme Minna Cauer, dont la principale préoccupation était la protection des prostituées, avait une position similaire à l’égard de l’amour lesbien. Le détail ironique qui voulait que les lesbiennes soient considérées comme des prostituées n’y était peut-être pas pour rien.

Il ne fait aucun doute que ce fut la brillante Dr Helene Stöcker qui apporta la plus grande contribution à la réforme sexuelle du point de vue des femmes. Elle n’avait pas elle-même de tendances lesbiennes et, comme Hirshfeld, considérait le mariage comme la relation idéale pour les femmes. La femme comme épouse et mère était pour elle, comme pour lui, l’accomplissement de la féminité. Le Bund für Mutterschutz de la Dr Stöcker se faisait connaître du grand public par son journal. Comme je l’ai déjà mentionné, le Bund et son journal travaillait depuis le début avec des scientifiques masculins. Dans le premier numéro de son journal elle mentionna beaucoup de celles et ceux qui avaient participé à sa réalisation. Parmi les femmes on trouvait Ellen Key, Gabriele Reuter, Maria Lichnewska, Lily Braun et Adele Schreiber. Et parmi les hommes on trouvait le Dr Alfred Blaschko, le Dr Walter Borgius, le Dr Iwan Bloch, le Professeur Dr Werner Sombart et le Professeur Dr Bruno Mayer (Mutterschutz, Jg. 1,

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1905 ; Gschk. III, p. 262, 269). Le Dr Borgius eut le mérite particulier d’être le premier à proposer une assurance pour les femmes (Mutterschaftsversicherung), qui protègerait en particulier les mères célibataires et leur enfant. Il avait déjà publié une brochure sur le sujet en 1894.

Peu après la fondation du Bund für Mutterschutz, le Dr Magnus Hirschfeld, le Professeur A. Eulenburg, le Dr Mensiga (l’inventeur du pessaire de Mensiga) et plusieurs autres sexologues devinrent membres de l’association et collaborateurs du journal.

Hirschfeld mentionna la Dr Stöcker et Ruth Bré comme des féministes admirables et les plus actives de l’époque. Ruth Bré inventa le mot " Mutterschutz " et fonda une association semblable à celle de la Dr Stöcker à Leipzig (Gschk. III, p. 270). Mais cette dernière insuffla au mouvement une étonnante extension.

Bien que j’examine plus loin dans ce livre la contribution de Hirschfeld à l’eugénique, je dois en dire quelques mots ici, dans la mesure où cela concerne le Mouvement des Femmes.

L’eugénique, le terme scientifique pour Rassenhygiene, est la science visant à rendre les relations sexuelles plus satisfaisantes individuellement, et plus aptes à engendrer des enfants sains de corps et d’esprit. Le Mouvement des Femmes fut intrinsèquement lié à l’eugénique dans sa lutte pour la réforme sexuelle. Il revendiquait de nouvelles lois concernant les relations entre les sexes, à la fois dans et hors du mariage. La réforme sexuelle en appelait à l’eugénique qui, à son tour, aurait été socialement inapplicable sans elle. Ce message devait être délivré " aux masses ", ainsi leur coopération était nécessaire pour parvenir à un meilleur ordinaire dans la vie intime de la population, et à une société meilleure. Le lien intrinsèque entre l’eugénique et la réforme sexuelle rendit l’active participation des sexologues du Mouvement des Femmes à la fois compréhensible et nécessaire.

L’obligation de célibat aux femmes professeurs, fonctionnaires et même salariées dans certaines entreprises faisait partie des droits sociaux et légaux revendiqués par les féministes. Aucune personne de bon sens ne pouvait manquer de percevoir la cruelle injustice de cette attitude.

La menace pour les femmes homosexuelles de tomber sous le coup de la loi changea le caractère du SHC qui s’engagea également pour l’homosexualité féminine. Durant plusieurs mois la nouvelle situation ne fut pas débattue publiquement, mais la commission de la SHC et l’aile radicale du Mouvement des Femmes en débattaient ensemble. En avril 1910 le Dr Kurt Hiller fut le premier à parler publiquement à un large auditoire des femmes

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lesbiennes et de l’article 175. Les 10 et 23 février 1911, des réunions à propos de la possible révision de l’article 175 se tinrent à la Bund für Mutterschutz à Berlin. Helene Stöcker et le Dr Hirschfeld parlèrent de la même tribune (Die Neue Generation, Jg. 7, 2, p. 167). Le Dr Stöcker souligna que l’organisation croyait que le lien idéal entre les personnes était l’amour entre homme et femme. Mais dans l’intérêt de toutes les femmes célibataires la Bund doit s’opposer à la menace contre les lesbiennes. Hirschfeld parla d’un point de vue scientifique, et dit que si les femmes introduites dans l’article 175 cette injustice serait doublée. Comme 2 millions d’homosexuels hommes et femmes vivaient en Allemagne, la loi devrait prêter attention aux résultats des recherches sexologiques.

La Dr Stöcker prolongea son intervention par l’article " Le projet d’extension de l’article 175 aux femmes " (Die Neue Generation, Jg. 7, 3, 1911). Elle déclara qu’une telle manière d’agir ne serait pas seulement une scandaleuse injustice, mais aussi une entreprise ridicule et dangereuse. La loi contre l’homosexualité avait toujours été jugée comme funeste par les personnes cultivées et le corps législatif devrait y mettre un terme définitif. Elle plaida pour les femmes lesbiennes dans son impeccable logique, remarquant que les femmes étaient incapables de relations anales, et que les relations " normales " étaient impossibles entre elles pour des raisons physiologiques. Mais l’horrible injustice de l’extension de cette loi aux femmes réside dans leur position sociale. Beaucoup de femmes qui travaillaient dans des professions où le célibat était la condition de leur emploi restaient non mariées contre leur volonté, et des millions d’entre elles étaient empêchées par cette circonstance de trouver un mari. Toutes les célibataires qui vivaient ensemble, soit pour des raisons pratiques soit en raison de la solitude et du besoin de relations, subiraient pour cette raison la menace de persécutions. Il semblait absurde et vraiment cruel de les punir sans qu’elles n’aient commis de faute. Les femmes avaient une tendresse naturelle ; c’était dans leur nature, et cela ne pouvait pas être confondu avec de la sexualité si elles se comportaient affectueusement avec tout le monde.

Même quelques féministes conservatrices notoires qui, en leur for intérieur, méprisaient l’homosexualité féminine, approuvaient la Dr Stöcker et soutenaient le SHC dans sa lutte contre cette loi inhumaine. La plus regrettable déloyauté à l’égard du lesbianisme existait parmi la grande majorité des membres du BDF. Elles estimaient qu’il s’agissait d’un vice contre nature et haïssable, et méprisaient les femmes qui s’adonnaient à de telles " saletés ".

La Dr Stöcker n’avait pas seulement de puissants alliés en Magnus Hirshfeld, Iwan Bloch, Kurt Hiller et

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d’autres piliers du SHC, mais également en le Dr Kopp, commandant de la Police. Il donna une conférence aux étudiants de l’Université de Berlin sur les dangers d’une loi qui pouvait conduire au suicide et au crime. Il leur dit que l’homosexualité de chaque sexe n’était pas un vice. Sa position isolée attirait l’attention du public et de la presse, une attention pas toujours accordée aux éminents médecins et avocats qui partageaient ses vues. Des articles approuvant sa conférence furent publiés dans le Frankfurter Zeitung et d’autres journaux nationaux.

Le rapprochement entre les principales féministes radicales et le SHC fut scellé en septembre 1911 au premier Congrès International pour la Protection de la maternité et la Réforme Sexuelle à Dresden. L’initiative de cette union était venue de la Dr Stöcker et de Magnus Hirschfeld, qui furent les principaux orateurs en cette grande occasion. Il fut précédés par un congrès sur le néo-malthusianisme, dans lequel ils étaient tous deux des membres actifs. Dans sa Sexologie, Hirschfeld s’étendait longuement sur le néo-malthusianisme, une théorie qui proposait un contrôle de la population, et visait au sain développement de la nation à travers le planning familial. Dans un article consacré au congrès sur le néo-malthusianisme, qui se tint du 24 au 27 septembre 1911, la Dr Ströcker affirma qu’il existait une lien intrinsèque entre la protection de la maternité (Mutterschutz) et l’eugénique. Elle remarqua que la vie entière de la population dépendait de l’eugénique. Non seulement la qualité du mariage, mais les conditions socio-économiques pourraient être améliorées par son enseignement. Seulement alors l’ultime objectif de la nation de produire des êtres humains d’une plus grande humanité et d’une plus haute individualité pourrait être accompli. Malheureusement, l’idée " d’hygiène raciale " annonçait la théorie la plus dangereuse de toutes. Aussi étrange que cela puisse paraître, les modèles de Helene Stöcker et Hirschfeld pour ces idées étaient Marx et Nietzsche.

Le Congrès pour la Protection de la Maternité et la Réforme Sexuelle des trois derniers jours de septembre correspondait bien à celui qui le précédait. Hirschfeld prononça une allocution de bienvenue immédiatement après que la Dr Stöcker ait ouvert la séance. Il traita des fondations scientifiques de la réforme sexuelle. Il était certainement juste de reprocher aux scientifiques du passé d’avoir méprisé le plus important des sujets de recherche - l’amour. L’amour avait été mal compris en raison des préjugés de l’Église, et n’avait été traité que sentimentalement par les romanciers. Mais la science, disait-il, pouvait faire la lumière sur le dossier et fournir une vue réaliste de l’amour. Le mot " sexe " avait été entaché en désignant une activité " sale " que l’on devait dissimuler ou dont on devait s’abstenir, sauf dans un but de procréation. Mais aujourd’hui il existait déjà

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beaucoup de livres scientifiques sur l’amour et la sexualité, qui conduisaient à nouvelle compréhension des besoins réels des être humains.

L’importance particulière de ce congrès résidait dans son caractère international, une preuve de l’effet général que le mouvement pour la protection de la maternité et la réforme sexuelle avait déjà accompli. Les invités ne venaient pas seulement de nombreux pays européens comme l’Angleterre, la Scandinavie, l’Italie et la France, mais aussi de Russie et d’Amérique. Le Dr Iwan Bloch succéda à Hirschfeld avec une intervention fascinante sur la prostitution au cours de laquelle il examina son histoire culturelle et la littérature ancienne. Une autre conférence qu’il donna, " La Question Sexuelle dans l’Antiquité et sa Signification pour le Présent ", suscita un grand intérêt et une grande admiration pour l’étendue de son érudition.

Une particularité du Congrès fut le nombre considérable de conférencière féminines. Elle avaient la part du lion des allocutions, essentiellement sur le sujet des mères célibataires et des enfants illégitimes. La contribution britannique à ce thème était due à Mlle Betty Drysdale ; d’autres intervenantes venaient de Suède, de Hollande et de Russie. La russe, la Dr Anna Schebanoff de St-Petersbourg, était la seule médecin parmi elles. Les femmes furent également représentées par des allocutions sur la réforme sexuelle. La Dr Helene Stöcker et une autre féministe bien connue, Grete Meisel-Hess, toutes deux de Berlin, ainsi qu’une suédoise, parlèrent sur ce sujet. Une après-midi fut entièrement dédiée à " La Vie Sexuelle dans notre Culture Moderne ", où Rosa Mayreder de Vienne fut la seule référence féminine. Elle parla de " La Psychologie de l’Amour Libre ". Les autres intervenants furent le Dr Iwan Bloch (Berlin) et le Professeur Albert Eulenberg (Breslau). Rosa Mayreder fut récemment redécouverte et se révéla être une des penseuses les plus profondes parmi ses pairs. Elle écrivit dans l’un de ses nombreux essais :

 

La volonté et l’objectif des féministes progressistes est l’égalité entre femmes et hommes. Mais quel en est le sens fondamental, se demandent-elles ? Les opposants au Mouvement des Femmes ont désapprouvé leur désir de devenir semblables aux hommes. Malheureusement, beaucoup de féministes ont ce profond idéal. C’est un réel danger, de pousser une femme vers une structure patriarcale. Elle n’est pas faite pour cela. Par conséquent, un mode de vie différent, totalement féminin est la prémisse nécessaire à une culture féministe.

 

Rosa Mayreder fut également l’une des premières à critiquer les conceptions de Freud sur les femmes et la " féminité ", et elle rejetait sa théorie du complexe d’Œdipe.

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Le dernier jour du Congrès, l’Union Internationale pour la Protection de la Maternité et la Réforme Sexuelle fut fondée.

Bien que le congrès ait été le point culminant du travail du Mouvement des Femmes et du SHC, deux autres événements importants contribuèrent à leur avancée commune. Dans les premiers mois de 1911, la brochure de Hirscheld " Ce que le Public Devrait Savoir du Troisième Sexe " avait été à nouveau réédité, et une nouvelle appelée " Denkschrift " (" Mémoire ") fut publiée. Elle illustrait en termes colorés la dangereuse situation des homosexuels sous la présente loi mais elle imaginait que la menace de la Commission préparatoire du Reichstag qui devait encore nettement l’étendre en réprimant également les lesbiennes, était vouée à l’échec. Trop d’éminents représentants de la science et de la loi s’étaient élevés contre elle. Dans ce changement du climat de l’opinion, Hirschfeld et tout le comité du SHC furent encouragés dans leur espoir que l’article 175 (dont une partie était devenue le paragraphe 250) soit favorablement modifié, en omettant totalement les femmes. La plupart des journaux nationaux partageaient maintenant ce point de vue, particulièrement après la publication d’une contribution de l’éminent criminologiste, le Dr Erich Wulffen, à l’Encyclopédie de Criminologie Moderne. Il n’y avait pas seulement exposé le non-sens d’inclure les femmes à l’article 175, mais il y avait également exprimé son aversion pour la pénalisation de l’homosexualité masculine, à moins qu’ils ne soient une nuisance publique. Le Dr Wulffen était un avocat du ministère public, et son opinions avait une influence considérable, pas seulement sur la presse, mais également sur le Ministère de la Justice.

En 1939, à l’apogée de la période nazie, la Dr Schubart-Finkentscher écrivit un article " Zum Problem der weiblichen Homosexualität (" Du Problème de l’Homosexualité Féminine ") qu’elle publia dans Die Fraui. Elle donna un examen historique de la loi traitant de ce " problème " dans lequel elle se référa au projet de loi préparatoire de 1909 :

 

La Commission du Reichstag recommanda en 1909 la pénalisation de l’homosexualité féminine selon le Paragraphe 250, pour les raisons suivantes : la punition des lesbiennes était justifiée pour la même raison que pour leurs homologues masculins, bien que le lesbianisme soit beaucoup moins fréquent. Pourtant l’État, la famille et la jeunesse étaient exposés au même danger. La loi doit donc être étendue aux femmes dans l’intérêt de la santé morale et générale de la nation.

 

De plus, elle écrivit que le pouvoir judiciaire de Reich avait prêté attention à l’aversion exprimée par d’éminentes personnalités à l’encontre du Paragraphe 250, et en 1911 une nouvelle commission publia un projet

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de loi opposé à celui de 1909. Il excluait les femmes de la loi contre l’homosexualité, pas seulement dans le futur amendement de 1912, mais aussi de tout le nouveau projet de loi. La nouvelle Commission du Reichstag expliqua ce changement d’attitude dans les termes suivants :

 

L’ensemble du public n’est en aucune façon pénalisé par les activités homosexuelles entre femmes. Le lesbianisme est peu connu, et il n’y a pas lieu de le punir. La menace de la loi créerait une nouvelle source de délation et de chantage, particulièrement à l’encontre des prostituées, ces créatures inférieures, qui s’adonnent à l’amour avec d’autres femmes. La procédure légale était très incertaine de toutes façons, puisque l’intimité physique entre femmes ne pourrait que se limiter à la masturbation. Et la masturbation n’était pas répréhensible selon l’article 175.

(Jg. 46, p. 373.)

 

En 1939 tout allait bien pour les lesbiennes sur le plan de la loi. Pourtant elles furent traitées comme des proscrites par les nazis, qui en envoyèrent beaucoup en camps de concentration.

Le caractère international du SHC s’était accru par ses liens avec le Mouvement des Femmes. Quelques conférences publiques sur la psychologie sexuelle le reflétaient, par exemple, Theodor von Wächter de Florence parla de son livre au cours d’une conférence : " Un problème éthique : l’amour comme transmetteur de puissance psycho-physique " (Gschk. I, p. 59, 386 ; II, p. 162).

Aux yeux de Hirschfeld et du SHC, l’omission des femmes de la loi donnait à l’abolition de l’article 175 de plus grandes possibilités que jamais auparavant. À la fin de l’année 1911, le præsidium du SHC - Hirschfeld, Burchard et Hiller - adressa une lettre au Reichstag, énumérant les nombreux motifs d’abolir la loi contre l’homosexualité des deux sexes (Bulletin du SHC dans J. f. s. Zw., 1911).

À l’écart du Premier Congrès National pour la Protection de la Maternité et la Réforme Sexuelle, les problèmes du Mouvement des Femmes furent discutés au cours d’un autre congrès féminin (Frau Kongress). La Dr Stöcker critiqua ce qui s’y était déroulé. Le congrès appartenait à la BDF, et affirmait que toutes les branches du Mouvement des Femmes y avaient été représentées. Ce qui, bien évidemment, était faux. Le congrès avait rejeté le travail des femmes socialistes et la Bund für Mutterschutz. La Dr Stöcker critiqua violemment l’affirmation dépourvue de sens selon laquelle aucune des féministes radicales ne servait le bien-être de la nation. Elle expliqua

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un tel préjugé par l’idéologie religieuse de la majorité des membres de la BDF.

" Nous pouvons être fières, " écrivait la Dr Stöcker, " de représenter un mouvement nouveau et indépendant, qui diffère amplement de ceux des années précédentes. Nous travaillons avec des hommes en nombre presque égal, qui nous aident à clarifier nos problèmes, comme la question sexuelle qui a été résolue. Les jeux sexuels jouent un rôle beaucoup moins important pour nous que pour les féministes de l’ancienne mode. "

Il semble curieux que ni la Dr Stöcker ni aucune autre féministe de l’époque n’ait mentionné la Jewish Frauenbund (JFB), fondée en 1904 par Bertha Pappenheim, une religieuse juive. Elle exista jusqu’en 1938, et bien qu’elle appartint à la BDF, certains de ses combats ressemblaient à ceux des féministes radicales. La principale préoccupation de ses membres était l’éradication de l’antisémitisme, dont elles pensaient qu’il interdisait la paix mondiale. En ce sens elles étaient pacifistes. L’idée que les discriminations raciales et sexuelles allaient de pair devenait l’un des thèmes majeurs orientant leurs travaux. La JFB soulignait qu’il était du devoir à la fois des femmes juives et chrétiennes de lutter contre ce fléau par excellence. Les deux menaient la même lutte pour l’égalité entre les sexes, qui ne triompherait que lorsque les nations et les races du monde considèreraient tous les autres comme des égaux.

Bien que j’aie vécu à Berlin durant les dernières années de la Jewish Frauenbund, je n’en ai jamais connu l’existence. Elle demeurait une puissance inconnue et invisible bien qu’elle ait réuni 50 000 membres durant la République de la Weimar. Pour autant que je sache, son existence ne fut redécouverte que dans les années 1970 par le livre de la Dr Marion A. Kaplan : Le mouvement féministe juif en Allemagne, la campagne de la Jewish Frauenbund (1979). La Dr Kaplan mérite des louanges pour avoir déterré un lien oublié par l’histoire. On peut se demander pourquoi l’information manqua sur le Mouvement des Femmes Juives en Allemagne. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question, mais seulement de suggérer qu’à la fois la honte allemande de la période hitlérienne et la crainte encore répandue du féminisme furent responsable de la disparition de telles informations.

L’étroite relation entre Hirshfeld et le Mouvement des Femmes fut le résultat de la nomination de quelques féministes à l’Obmänner Collegium (voir Appendice 2) et, dans un cas, au Præsidium, du SHC. Et le lien entre Hirshfeld et les féministes radicales dura jusqu’à la fin de la République de la Weimar. En dépit de nombreuses préoccupations communes, ils eurent également des objectifs propres. Hirschfeld et le SHC vouaient

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leurs efforts à la lutte pour les droits des homosexuels et d’autres déviants sexuels, tandis que sa principale préoccupation était la recherche sexologique. Le Mouvement des Femmes continuait son combat contre les inégalités qui pénalisaient les femmes dans un monde d’hommes, et contribuait largement à l’émancipation des femmes, particulièrement après la Seconde Guerre Mondiale. Un nombre considérable de féministes se préoccupaient également du bien-être de l’humanité dans son ensemble, la condition pré-requise d’un monde en paix. La Dr Helene Stöcker était une pacifiste de premier plan, et savait que la paix mondiale et l’égalité des sexes était la seule possibilité de mettre un terme à l’antiféminisme et au racisme.

 

 

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Chapitre 6

Progrès dans le travail

Sa participation aux deux procès Harden avait épuisé Hirschfeld physiquement et moralement. Heureusement, deux événements qui survinrent peu après ranimèrent sa confiance en lui.

Le premier fut l’acclamation enthousiaste de son travail reçue en Amérique. Le Dr G. Merzbach, un directeur adjoint du S. H. C., était là-bas en 1907 pour une tournée de conférences pendant laquelle il parla des recherches sexologiques de Hirschfeld à la New York Medical Society of Jurisprudence. Il avait montré à l’auditoire des photographies et des images issues de la collection de Hirschfeld de variations sexuelles. Il écrivit une lettre enthousiaste à Hirschfeld à propos des applaudissements frénétiques qui suivirent la conférence et la présentation du matériel. Il lui dit que des médecins et avocats distingués avaient dit combien ils avaient été impressionnés par ce qu’ils avaient vu et entendu. Il termina la lettre par ces mots : " Nous avons gagné une grande bataille " (Katz, Gay American History, 1976, pp. 381-2).

Le succès du Journal of Sexual Science, qui avait rendu le nom de Hirschfeld internationalement connu, contribua aussi à lui remonter le moral. Des scientifiques de nombreux pays y avaient collaboré. Les articles ne se

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limitaient pas à la sexualité hétérodoxe, mais couvraient des domaines beaucoup plus larges. Il allaient de récits de rêves de prostituées à la vie sexuelle des plantes. Une critique de la nouvelle doctrine des Néo-Malthusiens côtoyait un article sur les racines érotiques de l’art. Le journal représentait une élite internationale. August Forel, Sigmund Freud, Alfred Adler, Wilhelm Stekel et les deux écoles des Europes de l’Est et de l’Ouest écrivaient pour lui.

Les recherches de Hirschfeld sur l’homosexualité furent fortement stimulées par la psychanalyse. Il vit en elle la recherche d’une nouvelle compréhension de la sexualité humaine. Il fut si enthousiaste à propos de l’originalité de Freud dans la pénétration psychologique qu’il se joignit à Karl Abraham pour fonder la Berlin Psychoanalytic Society. Ernest Jones, qui donne la date d’août 1908, affirme que les cofondateurs d’Abraham étaient le Dr Iwan Bloch, le Dr Magnus Hirschfeld, le Dr A. Juliusberger et le Dr A. Koerber. Dans son livre Freud, the Man and the Cause (1980), R. W. Clark donne la date de mars 1907, et mentionne le fait que vingt docteurs assistèrent à la première réunion, dont Hirschfeld.

Le premier chapitre des Trois essais sur la théorie sexuelle de Freud était très influencé par les Yearbooks, spécialement par les essais d’Hirschfeld. Et il avait aussi beaucoup appris des livres de Krafft-Ebing, Bloch, Eulenburg et Moll. Ces sexologues précurseurs, Hirschfeld en particulier, furent des sources précieuses pour ses propres concepts des " perversions " sexuelles. Freud avait étudié chaque Yearbook depuis le premier. Le second, qui parut en 1900, présentait un intérêt particulier pour lui en raison d’un article de Hirschfeld sur les composantes " masculine " et " féminine " présentes en chaque être humain. Il fut très impressionné par la tenue scientifique des Yearbooks. Au Weimar Congress de l’Association Psychanalytique en septembre 1911, Hirschfeld fut un invité de marque et fut présenté comme l’autorité berlinoise en matière d’homosexualité (Jones, Sigmund Freud vol. II, 1957, p. 95). À cette époque Freud considérait encore Hirschfeld comme une figure importante de cette science révolutionnaire qu’était la sexologie. Son amitié pour lui resta sans nuages jusqu’au départ de Hirschfeld de la Société Psychanalytique de Berlin la même année. La raison de son départ n’a pas été complètement élucidée. Il pourrait avoir quittée cette Société pour le même motif que de nombreuses autres personnes, à savoir qu’elle était devenue une organisation internationale. Cependant, après son départ, Freud parla de lui avec mépris. R. W. Clark cita Freud comme exprimant sa réaction irritée de cette façon : " Magnus Hirschfeld, qui a quitté les rangs, ne fut pas une grande perte, un mou, un compagnon peu appétissant, incapable

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de rien comprendre " (Clark,op. cit., p. 219). Ces remarques vulgaires sur un collègue qu’il louait auparavant montrent l’incapacité de Freud à accepter la critique, au point de se laisser aller à la diffamation. Ce n’est pas le cas de Hirschfeld. Bien que, à la longue, il ait critiqué la théorie et la pratique psychanalytique, il ne fut jamais " agressif ".

 

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Comme tous les écrits de Hirschfeld, The Essence of Love s’appuie sur des documents autobiographiques, dont 160 proviennent de personnes bisexuelles. Mais avant d’en venir à interpréter leurs histoires, il effectua certaines observation intéressantes qui rejoignent mes propres vues sur le non-sens des catégorisations sexuelles. Les citations suivantes l’illustrent. Il mentionna que Hertz écrivit ces mots à Rahel Varnhagen : " Tu sais ma chère, pourquoi notre relation est devenue si intense et si parfaite ? Je vais te le dire. Tu es une personne infiniment féconde, et je suis infiniment réceptive. Tu es un grand homme. Je suis un femme parfaite. " Cela fut écrit par un homme soi disant hétérosexuel à une femme soi disant hétérosexuelle. Pourtant il fut aussi mentionné que Rahel ait confessé avoir déjà eu la sensation d’être un homme homosexuel. Hirschfeld conclut que les hommes et les femmes comme eux étaient constitutionnellement beaucoup plus proches des homosexuels qu’ils n’en étaient conscients. Ils aidèrent Hirschfeld à approcher de beaucoup plus près la compréhension de la bisexualité. Il pensait que la seule différence entre eux et des bisexuels était d’aimer aussi physiquement les deux sexes.

D’après Hirschfeld, les personnes bisexuelles n’avaient pas le bonheur de posséder de puissantes pulsions sexuelles, et ne pouvaient pas non plus aimer les personnes des deux sexes avec la même intensité. Certains hommes bisexuels avaient des désirs hétérosexuels plus puissants qu’homosexuels, tandis que c’était l’inverse chez d’autres. Les premiers trouvaient toujours dans leur amour pour un homme un type qui ressemble à une fille. Ils aimaient la féminité chez les hommes, et avaient une hétérosexualité cachée. Et les bisexuels qui aimaient la virilité chez une femme étaient réellement des homosexuels cachés. Les femmes bisexuelles suivaient la même tendance en choisissant leurs partenaires. Celles qui aimaient un type viril aimaient réellement les mâles, tandis que celles qui aimaient la féminité dans leurs tendances étaient des homosexuelles cachées.

Les conclusions de Hirschfeld sont originales et intéressantes, bien qu’il les exprime dans un langage stéréotypé. Mais son interprétation de la bisexualité jette un doute sur le fait qu’il y croie réellement. En tous cas, il admettait, comme Freud, que la bisexualité fut une énigme qu’il ne pouvait pas comprendre complètement. En dépit de ses nombreuses histoires de cas, il fut incapable de fournir une explication claire.

 

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Hans Blüher était un homme remarquablement intelligent et plein de talent, d’une grande culture, et un écrivain distingué. Il pensait qu’un État sain se fondait sur une société masculine, comme le Mouvement des Vandervöghel dans lequel il jouait un rôle de premier plan. Dans sa jeunesse, il avait écrit un livre sur le mouvement des Vandervöghel en tant que phénomène érotique. On lui conseilla d’en adresser le manuscrit à Hirschfeld afin d’être sûr qu’il ne risquait pas la censure. Blülher le fit, et la réponse d’Hirschfeld lui parvint quelques jours plus tard. Il était enthousiaste à propos du livre, et invita Blülher à lui rendre visite. Dans Werke

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und Tage (1953) Blülher dépeint Hirschfeld et son entourage. Ses impressions étaient exprimées avec une malveillance qui laisse pantois à propos d’un des plus grands intellectuels de l’époque.

Blülher écrivit qu’il fut reçu dans la maison de Charlottenburg du docteur par un travesti " maniéré " dont la vue lui déplut.. Quand il posa les yeux sur Hirschfeld, il fut réellement horrifié. Il le décrivit comme un homme avec des " lèvres protubérantes, des yeux fatigués mais concupiscents, des mains charnues et avides ". Et il poursuivait : " Ce savant de Berlin (il aimait être appelé ainsi) s’assit dans un fauteuil de velours, ses doigts croisés sur lui à la manière du Bouddha. J’étais dégoûté. " Hirschfeld, par ailleurs, le recevait chaleureusement. Il avait déjà écrit une préface pour son livre, qu’il avait lu avec " le plus grand enthousiasme ". Il la lui remit immédiatement. Il lui présenta plusieurs travestis et " homosexuels féminins ", du genre de ceux que Blülher détestait le plus. Ils convinrent que les photos d’Adolf Brand et de Benedict Friedländer nuisaient à l’image de l’homosexualité. Il n’accepta que l’homosexuel " viril ", en particulier le mâle " héros ", d’aspect glorieux et important. Il se sentait très mal à l’aise en présence de Hirschfeld et de soin environnement. Mais il avait beaucoup à attendre de lui car il espérait que son essai sur l’homosexualité masculine serait publié dans les Yearbooks. Il accepta donc une invitation à revenir. Dans l’intervalle, son livre fut imprimé avec la préface de Hirschfeld. Blülher revint, pas une nouvelle fois mais deux, parce que ses trois essais sur l’homosexualité masculine furent publiés dans les Yearbooks.

Bien que Hirschfeld ait toujours accepté des articles exprimant des vues différentes des siennes, il était inhabituel pour lui de préfacer des essais contredisant complètement ses propres théories. Mais il le fit en publiant " Die drei Grundformen der Homosexualität " de Hans Blülher, avec ces mots : " Nous avons toujours suivi le principe de publier dans les Yearbooks des articles antagonistes de nos propres conceptions. En conséquence, nous publions cet essai, bien que les idées de l’auteur soient contraires aux nôtres. Évidemment nous ne pouvons suivre Blülher dans tout ce qu’il dit, mais nous apprécions sa tentative de rapprochement entre la psychanalyse freudienne et la théorie des intermédiaires sexuels, particulièrement telle qu’il l’a présentée dans son propre style hautement stimulant " (J. f. s. Zw. XIII, 2, 3, 4).

Il n’existe, cependant, aucune trace d’une telle tentative dans les articles de Blülher. Aucun d’eux n’attaque la " théorie " de Hirschfeld directement. Le premier commence par une lettre ouverte à Freud, faisant référence à un ancien échange de correspondance avec lui à propos du mouvement des Wandervögel. Blülher

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défiait Freud d’accepter une controverse publique sur leurs divergences de vues. Il croyait à la prééminence de l’homosexualité masculine comme véritable fondement de l’état. Il souhaitait la fin de la " gynocratie ", qu’il imaginait comme le pouvoir de décision dans la vie publique.

 

p. 138

p. 145

p. 172

p. 185 homosexualité d’Hirschfeld

p. 200-201

p. 245

p. 256

p. 263

p. 271

p. 277

p . 374-377

p. 379

p. 429-430

p. 436

p. 444