Interview de Françoise Dolto dans la revue Choisir la cause des femmes

Cette interview a été souvent citée mais elle est très difficile à trouver dans son intégralité. Son existence a même parfois été niée.

Elle est tirée du dossier "Les enfants en morceaux", une enquête réalisée par Annie Brunet, Béatrice Jade et Christine Pecqueur et publiée dans le numéro 44 (septembre-octobre-novembre 1979) de la revue "Choisir la cause des femmes". Il s'agit de la revue de l'association du même nom qui existe encore et qui est toujours présidée par Gisèle Halimi. J'ai photocopié ce dossier sur l'enfance brisée à la Bibliothèque Marguerite Durand, à Paris.

Dans cet entretien hallucinant, Dolto n'hésite pas, entre autre, à nier la réalité des viols incestueux, à défendre les châtiments corporels et à dire que ce sont les maris des femmes battues qui doivent être aidés et non ces femmes elles-mêmes, qui "poissent" leur mari. J'ai donc décidé de mettre cet entretien en ligne afin que chacun puisse juger sur pièce :

  (pdf, 3,17 Mo)

Mais Françoise Dolto ne s'est pas arrêtée à cet exploit. Voici quelques extraits du livre "L'enfant, le juge et la psychanalyse ; entretien entre F. Dolto et A. Ruffo" Gallimard, cités  ici par Aude Fiévet (et repris ici par Marianne Kuhni ) :

page 11 (préface) :

La juge : « Ce jour là, Françoise Dolto nous a parlé avec l'assurance que lui donnait sa longue expérience clinique de psychanalyste, son respect des enfants. »

page 33

La juge : [...] ce que je veux dire c'est qu'il arrive souvent avec des enfants de douze, treize ans, qu'on nous dise: « Cet enfant a des troubles de comportement » , parce qu'il a vécu un inceste, parce qu'il a été rejeté, parce qu'il a été méprisé. Mais moi je refuse de lui accorder la protection pour ses troubles.

F. Dolto : mais vous avez tout à fait raison parce que l'important c'est : puisqu'il a survécu, qu'est-ce qu'il y a eu de suffisant pour y prendre son pied ? Si un être est vraiment traumatisé, il tombe malade; si un être n'a pas de quoi vivre, il ne continue pas.

 

page34

F. Dolto : Si les enfants savaient que la loi interdit les privautés sensuelles entre adultes et enfants, et bien, à partir du moment où un adulte le lui demande, s'il accepte, c'est qu'il est complice, il n'a pas à se plaindre. Mais il peut avoir, sans se plaindre, à dire : « mais ça m'a fait très mal. - Oui. Pourquoi t'es-tu laissé faire À partir du moment où l'enfant est au courant, très jeune de la loi, il est complice et on peut l'aider beaucoup mieux.

puisque tu savais que ce n'était pas permis... »

 

La juge : Je comprends très bien. À ce moment-là, on ne lui donne pas un rôle de victime.

 

page 53

La juge : Oui. Les enfants se sentent tellement coupables! C'est leur donner la permission de grandir de leur dire qu'ils ne sont pas responsables de leurs parents.

F. Dolto : Ils sont responsables de laisser les parents commettre un acte qui les avilit dans leur relation à leurs enfants.

 

page 81

La Juge : Mais quand le père nie et que la mère est complice, que la mère refuse ou est incapable de protéger son enfant, qu'il faut le retirer du milieu familial, qu'arrive t-il de cette relation avec le père ?

F. Dolto : Ça dépend de chaque enfant, et je crois que ça dépendra de la relation maturante qu'il va rencontrer avec la famille dans laquelle il sera placé, ou avec l'éducateur avec qui il pourra parler et qui pourra justement lui faire comprendre que l'excitation dans laquelle était son père, peut-être sans l'avoir cherché, l'enfant en était complice.Parce que je crois que ces enfants sont plus ou moins complices de ce qui se passe...Il faudra leur dire très tôt...qu'ils ont un devoir de se dérober à ça pour que leurs parents restent des parents pour eux...

 

page 83

F. Dolto : Les enfants fabulent beaucoup, oui, c'est vrai. vous voulez dire: est-ce qu'ils fabulent sur les agressions dont ils sont l'objet ?

La Juge : Oui, par exemple, un enfant dit : « Papa a fait ceci ou cela avec moi. »

F. Dolto : Oui, justement, et les enfants ne pourraient plus le faire s'ils avaient été informés avant. « Et là pourquoi as-tu laissé faire puisque tu savais que tu ne devais pas, pourquoi l'as-tu laissé faire ? Ton rôle d'enfant, c'était de l'empêcher. »

 

 

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* * *

 

Cette citation a également été reprise ici (rajout du 30/10/2013 après le nota bene), suivie d'autres propos, toujours de Françoise Dolto :


[la suite est de mon pote Canardos]: C'est d'ailleurs marrant de voir comment tant de "gauchistes" font l'apologie d'une réactionnaire catholique de la plus belle eau.

 En bonne catholique   réactionnaire elle était contre la légalisation de l'avortement   qu'elle assimilait à l'euthanasie et s'est opposée à la loi sur  l'interruption de grossesse. Voila un extrait d'un entretien avec Jean-Jacques Moscowitz sur la Shoah où Dolto se livre à une digression sur l'avortement.

"Entretien :

 Jean-Jacques Moscovitz

Tu   m’avais dit une chose qui m’avait parue importante. Que le  statut de la mort avait changé, que ça expliquait que les suicides d’enfants et d’adolescents étaient plus fréquents...
    

Françoise  D.

Oui.  D’ailleurs le fait même que l’on parle d’euthanasie, qu’on  justifie, qu’on justicie, l’avortement, qu’on légalise l’avortement, on le dit, on dit ce mot-là, alors qu’on devrait  dire qu’on dépénalise, on devrait dire dépénaliser l’aide à   une mère qui veut avorter. Légaliser l’avortement, c’est  incroyable qu’une société puisse dire ce mot-là. Avec ce   mot-là, ça devient la loi, que la vie, c’est avec le conscient qu’on la régit. Alors que la vie est sourcée dans  l’inconscient et n’est pas régissable par le conscient. Il ne faut pas la régir. "

 [Sur cette même question de l'avortement, on peut aussi regarder cet extrait d'interview de Dolto par Pivot, ensuite commenté  par des féministes ]

http://www.youtube.com/watch?v=4jcqOJgkIRk

          Enfin Françoise Dolto, entre autres vieilleries réactionnaire  défendait comme la droite catholique familialiste le vote familial et regrettait le bon vieux temps des maîtres et des  serviteurs...

  F. Dolto, La cause des enfants,   éd. R. Laffont, collection Pocket,

p. 468 :

"Je propose entre  autres : Dans une  famille de quatre enfants (deux garçons deux filles), le père devrait avoir trois voix et la mère trois voix, la voix des filles à la mère, la  voix des garçons  au père, jusqu'à leurs 12 ans. Et puis à 12 ans les enfants  voteraient. "

 Ibid. P. 88

" Je me rappelle mes   vacances  à Deauville, quand j'étais enfant, on appelait par haut-parleur les chauffeurs   de maître qui allaient mettre la voiture dans des parkings qui   n'étaient pas   encore ainsi désignés. On   les appelait   par le nom de leur propriétaire, par exemple : Rothschild…La Rochefoucault  ! Celui qui servait cette famille était de la maison. Et il en   était très fier.  Mais notre demi-siècle a décrété que les métiers ancillaires  étaient une honte  sociale, oubliant la tradition médiévale de la mise en  apprentissage des jeunes   gens de familles riches "

 

 

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