LE MONDE | 06.11.02 | 15h03

Le ventre de "une"

Quand les prostituées font chanter les politiques...

L'AVOCAT Francis Caballero, davantage connu jusqu'à présent pour son engagement dans la lutte antitabac et pour la dépénalisation du cannabis, se lance dans une bataille pour la défense de la "prostitution libre". Lundi 4 novembre, un "communiqué de presse numéro 1" est arrivé dans les rédactions, annonçant la création de France Prostitution. Selon ce premier communiqué, qui émane du cabinet de Me Caballero, "Michèle, Claudia, Patricia, Brigitte, Alexandre et de nombreux autres thérapeutes sexuels" ont fondé l'association afin de "défendre la prostitution pratiquée librement sur le territoire national par toute personne majeure".

Et de "militer pour la reconnaissance d'un certain nombre de droits et de devoirs des prostitué(e)s". Il est ainsi question d'un statut économique, social et fiscal des prostitué(e)s, et d'une charte définissant leurs obligations.

Le ton du "communiqué de presse numéro 2" est bien plus virulent. Il demande le retrait immédiat des deux articles du projet Sarkozy visant à punir le racolage public des prostitué(e)s et la "drague"des clients : "L'association rappelle que le président de la République a reconnu avoir été "déniaisé par une dame de petite vertu" au cours de son service militaire en Algérie. Mais il n'est pas le seul dans son cas. L'association pourrait citer de nombreux politiques, députés, sénateurs, ministres, magistrats et policiers qui sont allés voir les filles ou les garçons. Les parlementaires qui s'apprêtent à voter la loi Sarkozy feraient bien de s'en souvenir..."

Les quelque 150 prostitué(e)s que regroupe l'association n'en sont là qu'au stade de la réflexion, ajoute Me Caballero. "Mais elles discutent beaucoup entre elles de cette possibilité d'outing. Elles ont un stock de noms de politiques qui vont voir les petits garçons porte Dauphine ou les grandes dames avenue Foch. Même si balancer les clients est contraire à leurs principes, elles se laissent la possibilité de les outer dans le cas où ils voteraient ces dispositions scélérates interdisant de fait l'offre publique de services sexuels." L'avocat conclut : "Les cheminots bloquent les voies, les routiers, les routes... Les prostituées ont aussi le droit de défendre leurs intérêts face à un establishment qui verse dans l'ordre moral."

Pascale Krémer

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 07.11.02