The spinster and her enemies

Feminism and sexuality 1880-1930

Le célibat et ses ennemis

Féminisme et sexualité 1880-1930

Sheila Jeffreys

Spinifex, North Melbourne, 1997

 

Sommaire

 

Remerciements VII

Préface à l’édition de 1997 IX

Introduction 1

 

1 Féminisme et puritanisme 6

2 Continence et amour psychique 27

3 Le genre de choses qui peuvent arriver à un homme : campagnes féministes et politique à propos des

abus sexuels sur les enfants 54

4 " Domination féminine " : campagne des femmes pour une législation sur les abus sexuels sur les filles 72

5 Célibat féminin et célibat masculin 86

6 Amitiés féminines et lesbianisme 102

7 Antiféminisme et réforme sexuelle avant la première guerre mondiale 128

8 Le déclin du militantisme féminin 147

9 L’invention de la femme frigide 165

10 Les " prudes " et les " progressistes " 186

Postface 194

Notes 197

Bibliographie 215

Index 227

 

 

Sheila Jeffreys est une lesbienne et une féministe révolutionnaire qui a été active dans les campagnes féministes contre la violence masculine, la pornographie et la prostitution en Grande-Bretagne et en Australie pendant vingt ans. Elle est maître-assistante au département de science politique de l’Université de Melbourne, où elle enseigne la politique sexuelle et la politique lesbienne et gay. Elle a écrit trois précédents livres sur la politique sexuelle : Déchéance : une perspective féministe sur la révolution sexuelle (1990), L’hérésie lesbienne, une perspective féministe sur la révolution sexuelle lesbienne (1993), et L’idée de la prostitution (1997).

 

 

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Préface à l’édition de 1997

Je commençai les recherches sur ce qui est devenu ce livre en 1978. À ce moment, j’étais impliquée en Grande Bretagne dans le Centre Leeds d’aide aux femmes victimes de viol. Je souhaitais améliorer mes connaissances et mes réactions face aux enfants victimes d’abus sexuels, une forme de la violence sexuelle masculine qui devenait à ce moment un problème important pour les activistes et théoriciennes féministes (Armstrong, 1978 ; Rush, 1980). À ce moment nous ignorions complètement que ce thème avait été central dans la problématique de la précédente génération de féministes. J’étais historienne de formation et je fus stupéfaite de découvrir à la Fawcett Library, une bibliothèque de documentation et d’archives sur l’histoire des femmes, qu’avait existé une massive campagne féministe contre les abus sexuels des hommes sur les enfants à la fin du dix neuvième et au début du vingtième siècles, dont les féministes contemporaines ignoraient presque tout. J’étais passionnée de découvrir en dehors de cela que les idées et les stratégies des sœurs qui nous avaient précédées aient été aussi semblables à celles que nous avions réinventées dans les années 1970.

Je découvris que cette campagne était de grande envergure. Elle avait eu pour objectif de changer le traitement des victimes et l’attitude envers elles, d’obtenir des sentences plus lourdes pour les hommes coupables d’abus et de changer la loi pour élever l’âge nubile. Les féministes engagées développaient des idées sur la sexualité qui défiaient la double norme du viol et de la nature obligatoire des rapports sexuels. En particulier elles échafaudèrent un grand défi contre les prérogatives masculines d’accès sexuel aux femmes, aux femmes prostituée, aux enfants, aux épouses résistantes, et soutinrent les idées de célibat masculin et féminin. La campagne se prolongea pendant plus de cinquante ans. Je voulais savoir pourquoi elle s’était éteinte. Comme je poursuivais ce roman policier, il devint clair pour moi qu’un changement dans l’idéologie de la sexualité avait contribué à saper la campagne féministe. Ce changement avait été induit par la nouvelle " science " de la sexologie. Avec toute l’autorité de la science, la sexologie promouvait précisément la forme de sexualité masculine

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que les féministes avaient défié : domination masculine et agression et soumission féminine.

Dans le début des années 1980, pendant les premières campagnes féministes contre la violence masculine, moi-même et d’autres dans le Groupe anti-pornographique féministe révolutionnaire de Londres, dans Les Femmes Contre la Violence Contre les Femmes (WAVAW), et au centre d’aide aux femmes victime de viols, étions consternées de découvrir l’orientation prise par certaines féministes théoriciennes à propos de la sexualité. Notre croyance que la violence sexuelle masculine ne pouvait être défiée que par une transformation de la sexualité masculine, un démantèlement du modèle domination/soumission et la création d’une sexualité féminine très différente était opposée au libéralisme sexuel. Nous avons lu Sex Issue of Heresies (1981) des USA dans lequel Pat Califia argumente en faveur du sadomasochisme lesbien comme une sexualité excitante et Paula Webster argumente en faveur de la compatibilité de la pornographie et du féminisme parce que la pornographie pourrait procurer aux femmes des fantaisies excitantes et des possibilités d’ordre sexuel (Califia, 1981 ; Webster, 1981). La collection d’écrits sur le sadomasochisme du groupe californien Samois, Coming to power, procure à la fois des scénarios miteux et une justification intellectuelle pour leur mise en pratique (Samois, 1982). Une sérieuse opposition à la campagne féministe anti-pornographie se développa quand la Feminist Anti-Censorship Taskforce (FACT) s’opposait aux USA au décret rédigé par Andrea Dworkin et Catharine MacKinnon (Duggan et Hunter, 1995). Il n’est pas venu à l’esprit de celles d’entre nous engagées dans les campagnes féministes contre la violence masculine et la pornographie qu’un lobby de femmes se présentant comme féministes défendrait précisément les pratiques que nous considérions comme relevant fondamentalement de l’oppression des femmes. Beaucoup de ces femmes libertaires sexuelles étaient pro-pornographie ; décidées à obtenir pour les femmes une " subjectivité " sexuelle qui ne pourrait être obtenue qu’en transformant d’autres femmes en objets dans les pratiques variées de l’industrie du sexe.

L’histoire que j’avais eu tant de plaisir à découvrir devenait maintenant contentieuse. Les deux aspects très différents de ce qu’on en venait à appeler les " débats sur la sexualité féminine " cherchaient toutes deux à rallier l’histoire à leur cause. Je redécouvrais le travail de mes sœurs des générations précédentes avec admiration et respect. Les libertaires sexuelles l’ont utilisé comme un exemple des terribles dangers de la lutte contre la prostitution et contre ce qu’elles considéraient comme la liberté sexuelle. Elles cherchaient à démontrer que les féministes contemporaines anti-pornographie imitaient par erreur les pratiques dangereuses et discréditées de leurs sœurs des générations précédentes. Lisa Duggan, une membre du FACT, rétorque que toutes les

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historiennes féministes de Grande-Bretagne au milieu des années 1980 soutenaient FACT parce que leur connaissance de l’histoire leur ouvrait les yeux sur les dangers du décret (Duggan, 1995). La sexualité à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècles focalisa soudain l’attention et le sujet d’un âpre débat.

Quelques libertaires sexuelles élisent comme héros de la première période, non des femmes, mais les sexologues masculins dont les travaux furent si influents pour affaiblir les idées féministes anti-violence. C’était une surprise. L’Américaine partisane du sadomasochisme Gayle Rubin, une membre du Samois, en est un bon exemple. Rubin engagea une controverse avec mon approche des sexologues de cette période tels que Henry Havelock Ellis que je dépeins comme renforçant une vision sexiste des femmes et l’idée que la sexualité ne peut exister sans la domination masculine et la soumission féminine. Rien d’étonnant à ce que, alors qu’elle est pro-sadomasochisme, Rubin voie le travail de sa vie comme dans la tradition sexologique d’Ellis, qu’elle appelle la tradition pro-sexe. Elle catalogue la position des campagnes féministes contre la violence sexuelle de cette première période et me classe définitivement dans la tradition conservatrice.

 

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Introduction

 

Ce livre porte sur une ligne de démarcation dans l’histoire de la sexualité. L’interprétation historique traditionnelle des années 1880-1930 est que le puritanisme sexuel de l’Angleterre victorienne céda à la première révolution sexuelle du vingtième siècle. Dans une perspective féministe, le schéma est différent. Cette période a vu une massive campagne des femmes visant à transformer le comportement sexuel masculin et à protéger les femmes des effets de l’exercice d’une forme de sexualité masculine préjudiciable à leurs intérêts. Dans l’histoire du mouvement des femmes en Grande-Bretagne, il n’y a pas ou peu de références à cette campagne. D’autres aspects de la lutte des femmes comme la campagne pour l’obtention du droit de vote, la campagne de promotion pour l’éducation et le travail des femmes et pour le changement de la loi sur le mariage, ont toutes retenu l’attention. Quand les historiens ont mentionné le travail de quelques féministes militantes dans le domaine de la sexualité, ils les ont représentées comme prudes et puritaines, les critiquant de ne pas avoir embrassé la cause de la liberté sexuelle ou du plaisir sexuel féminin et trouvant dans leurs écrits une source pratique de matériaux humoristiques. Alors que leurs activités et revendications ont été considérées comme exigeantes et progressistes dans d’autres domaines, les activités de ces mêmes femmes dans le domaine de la sexualité ont été regardées comme arriérées et rétrogrades.

Les cinq premiers chapitres examinent les idées et les activités des campagnes féministes dans le domaine de la sexualité. Le premier chapitre traite de l’engagement des féministes dans ces organisations habituellement considérées comme purement conservatrices et opposées à la sexualité, par exemple la National Vigilence Association ou la Moral Reform Union. Il étudie la façon dont les problèmes féministes ont modelé le puritanisme dans les années 1880 et 1890. Il se termine avec une comparaison de ces premières organisations avec l’Alliance of Honour, clairement non féministe, dont les membres étaient exclusivement masculins, dans la période précédant la première guerre mondiale.

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Le chapitre intitulé " Continence et amour psychique " examine les théories et stratégies de ces féministes qui étaient engagées dans des relations avec les hommes. Il s’intéresse en particulier à la philosophie du sexe développée par Elizabeth Wolstenholme Elmy et Francis Swiney. Les deux chapitres suivants sont consacrés à la campagne des femmes contre les abus sexuels sur les filles. Cette campagne a été choisie comme exemple d’une activité féministe pratique où la théorie féministe est mise en application parce qu’elle a été tellement importante et de grande ampleur et qu’elle a été en grande partie ignorée par les historiens. L’autre grand thème sur lequel les féministes menèrent campagne, la prostitution, a retenu quelque attention(1). Le chapitre sur le célibat cerne les idées et motivations de ces féministes qui choisissaient de rejeter les relations sexuelles avec les hommes.

Il y a une hypothèse fondamentale qui sous-tend le travail des historiens sur l’histoire de la sexualité qui doit être renversée si la signification des campagnes féministes veut être comprise. La plus envahissante est l’hypothèse que les cent dernières années représentent l’histoire d’un progrès depuis l’obscurité de la pruderie victorienne jusqu’aux lumières de la liberté sexuelle(2). Implicite dans cette vision est l’idée qu’il y a une essence de la sexualité qui, bien que parfois réprimée dans le passé, conquiert graduellement sa voie libérée des restrictions qui pèsent sur elle. Après examen cette " essence " s’avère être hétérosexuelle et la première pratique hétérosexuelle indiscutée s’avère être celle de la relation sexuelle. En dépit de la richesse des travaux des sociologues et des féministes sur la construction sociale de la sexualité, les vestiges de l’idée de l’essence naturelle de la sexualité existent(3). Une autre hypothèse est qu’il existe une communauté d’intérêts entre hommes et femmes dans le domaine sexuel, en dépit du fait que la sexualité représente avant tout un domaine fondamental d’interactions entre deux groupes de personnes, hommes et femmes, qui ont des accès très différentes au pouvoir social, économique et politique. Ainsi les historiens qui s’intéressent eux-mêmes à l’écriture de l’histoire

 

 

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Chapitre premier

Féminisme et puritanisme

Dans les années 1880, en Angleterre, un mouvement, décrit par ses partisans comme dédié à l’avancement du " puritanisme ", prenait de l’importance. Le mouvement puritain touchait à travers des centaines d’associations la vie d’une proportion considérable de la population masculine et féminine. Les historiens, qui la regardaient avec les œillères idéologiques de la " révolution sexuelle " ont tenté de voir le puritanisme simplement comme un mouvement évangélique, anti-sexe et répressif. Robert Bristow, dans son livre Vice and Vigilance, inclut le puritanisme des années 1880 dans ce qu’il voit comme quatre pointes d’activisme " anti-vice "(4). Il les situe dans les années 1690, la fin du dix huitième et le début du vingtième siècles, les années 1880 et le début du vingtième siècle. Son explication pour la naissance de chacun d’eux est la même : " Chacun était nourri de la renaissance religieuse qui convertissait les jeunes hommes et canalisait des vagues d’énergie anti-sexuelle sublimée contre l’érotique. "(5) Une autre approche fut de considérer que des angoisses causées par les perturbations sociales étaient reportées dans une inquiétude à propos de la sexualité, et de représenter le mouvement puritain comme une forme de panique morale(6). Ces auteurs reconnaissent la participation des féministes au puritanisme du dix-neuvième siècle mais considèrent l’engagement féministe comme un [hareng saur] causé par la difficulté des féministes à surmonter leurs idées puritaines et rétrogrades sur la sexualité. En fait les idées et les femmes du mouvement féministe jouèrent un rôle de premier plan dans le mouvement puritain des années 1880 et peuvent être considérées comme ayant ouvert cette voie et conçu cette problématique.

Les premiers objectifs du puritanisme étaient l’élimination de la prostitution et des abus sexuels sur les filles. Les femmes et les filles sont les objets de la prostitution et des abus sexuels, et les hommes en sont les exploiteurs. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’une même forme d’explication puisse révéler à la fois pourquoi

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les hommes et les femmes étaient engagés dans les campagnes contre une forme de comportement sexuel pour lequel hommes et femmes défendaient de telles relations très différentes. Les explications des historiens masculins peuvent tout à fait nous aider à comprendre l’engagement des hommes dans le puritanisme. Les hommes étaient intéressés, quelle qu’en soit la raison, par le contrôle du comportement de leur propre sexe. Les femmes étaient intéressées par la prévention de l’exploitation des leurs. En analysant les motivations des femmes et des hommes engagés dans ce qui a été considéré par certains comme l’équivalent contemporain du puritanisme, des organisations comme la British National Viewers et la Listeners’ Association ou la Responsible Society, le même problème d’interprétation existe. Cependant ce phénomène contemporain ne connaît pas de contribution féministe et adopte des positions anti-féministes sur la plupart des questions. Le mouvement puritain des années 1880 était très différent, puisque les idées et les femmes féministes y jouaient un rôle important.

Deux courants distincts coulaient au sein du mouvement puritain des années 1880. L’un était une renaissance religieuse et l’autre était la campagne contre les Contagious Diseases Acts (les lois sur les maladies contagieuses). Les lois des années 1860 permettaient d’imposer un examen médical aux femmes soupçonnées de prostitution dans les villes de garnison et les ports. La campagne pour leur abrogation donna aux femmes l’expérience de penser et de parler de sujets précédemment tabous. Les féministes qui s’opposaient à ces lois faisaient remarquer que l’examen médical constituait une infraction aux droits civils des femmes.

Les féministes de la Ladies National Association, inspirées par Josephine Butler, s’insurgeaient contre le double standard de la morale sexuelle qui imposaient de tels abus aux femmes afin de protéger la santé des hommes qui, comme elles le faisaient remarquer, avaient en premier lieu infecté les prostituées. Les ancêtres du mouvement puritain des années 1880 comprenaient des hommes et des femmes qui s’étaient engagés dans la campagne d’abrogation. La Social Purity Alliance fut mise sur pieds en 1873 par des hommes engagés dans la campagne pour réunir ceux de leur sexe qui désiraient changer leur conduite et celle des autres hommes, de sorte que le self contrôle puisse être encouragé et la prostitution rendue inutile. Depuis les années 1880 et particulièrement depuis 1886 quand les lois sur les maladies contagieuses furent finalement abrogées, les femmes qui s’étaient engagées dans la campagne d’abolition et d’autres qui adoptaient les mêmes principes, rejoignirent en grand nombre les organisations puritaines qui proliféraient et amenaient avec elles un point de vue féministe puissant et déterminé. Le mouvement puritain fournit un véhicule que les féministes pouvaient utiliser pour faire peser leur influence. Les féministes au sein du puritanisme voyaient la prostitution comme

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un sacrifice des femmes pour les hommes. Elle luttaient contre l’hypothèse que la prostitution était rendue nécessaire par la nature biologique particulière de la sexualité masculine et affirmaient que l’ardent besoin sexuel masculin était un phénomène social et non biologique. Elle étaient particulièrement outragées par la façon dont la pratique de la sexualité masculine créait une division entre femmes entre les " pures " et les " déchues " et empêchait l’unité de la " sororité des femmes ". Elles insistaient sur le fait que les hommes sont responsables de la prostitution et que le moyen de mettre fin à de tels abus sur les femmes était de restreindre la demande en prostituées en enjoignant la chasteté aux hommes, plutôt que de punir celles qui les approvisionnaient. Elles employaient les mêmes arguments dans leur lutte contre les autres aspects du comportement sexuel masculin qu’elles considéraient comme dommageable pour les femmes, comme les abus sexuels sur les enfants, l’inceste, le viol et le harcèlement sexuel dans la rue. Ce chapitre examine quelques-unes de ces organisations puritaines dans lesquelles l’influence des femmes était dominante, que ces femmes voyaient elles-mêmes comme une prise de conscience féministe ou non, afin de cerner leurs motivations et leurs idées.

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L’Union pour une Réforme Morale

Une organisation qui publia et vendit quantité de pamphlets de Hopkins était la Moral Reform Union (Union pour une Réforme Morale,) active de 1881 à 1897. L’Union semble avoir été l’aile la plus ouvertement

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fermement féministe du mouvement puritain.

 

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Le projet global était de transformer le comportement sexuel masculin, or, Madame Bruce de Boston exhorta à la première réunion de l’Union à " exiger des hommes pureté et vertu. "

 

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Elle montra son anticonformisme dans le domaine sexuel en vivant avec son futur mari, Ben Elmy, avant leur mariage(7). C’était tout à fait exceptionnel de se moquer des conventions de la classe moyenne victorienne. Quand il fut évident qu’elle était enceinte, elle fut contrainte au mariage par ses camarades suffragistes par crainte qu’elle ne nuise à la cause suffragiste par un scandale. Quand elle se maria en 1875 elle adopta le surnom de Wolstenholme Elmy comme un geste contre la nature patriarcale du mariage. Ses descriptions claires et simples du processus de la reproduction humaine pour les enfants à une époque où l’ignorance était considérée comme bienséante pour une femme adulte et encore plus pour un enfant, sont des signes supplémentaires de son mépris des conventions. Son livre pour les enfants les plus âgés, publié en 1892, était intitulé The Human Flower [La fleur humaine]. Il commençait avec une description de la reproduction dans les fleurs et en venait à décrire la reproduction humaine d’une façon destinée, comme elle disait, à ce qu’aucun stigmate d’impureté ne s’attache à quelque partie du corps. Dans ce but les organes génitaux sont décrits comme des organes de " fleur d’amour ". Le livre pour les plus jeunes enfants était intitulé, de façons appropriée, Baby Buds [Bourgeons de bébés].

Un thème central des écrits de Wolstenholme Elmy est le droit de la femme de contrôler son propre corps.

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Ce contrôle devait s’étendre au fait de décider quand et comment les activités sexuelles pourraient avoir lieu et de choisir de porter ou non un enfant. Dans The Human Flower elle décrivait les difficultés d’une femme mariée dans ses relations au sexe et à la reproduction en détails, avec le but d’inculquer l’idée de mutualité et le droit des femmes de décider à un âge précoce :

 

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Chapitre III

 

Le genre de choses qui peuvent arriver à un homme : campagnes féministes et politique à propos des abus sexuels sur des enfants

Les livres d’histoire ont à peine prêté attention aux campagnes contre les abus sexuels sur les filles. Là où la législation sur l’âge du consentement a été mentionnée les historiens on eu tendance à la considérer comme le fait d’un mouvement réactionnaire, puritain et anti-sexe. Elle a été retirée de son contexte qui était en fait celui d’une campagne massive et multiforme sur le sujet. Cette campagne incluait des luttes pour obtenir des femmes magistrats, policières ou doctoresses pour s’occuper des filles abusées, pour réserver des aires de jeux aux enfants dans les parcs, plus une campagne publique pédagogique destinée à mettre en évidence le partis pris de la police, des juges et des jurys et pour obtenir une amélioration du traitement réservé aux filles victimes à travers la procédure légale et ses suites.

L’indignation féministe au sujet des abus sexuels sur les filles provenait de leur préoccupation globale de protéger les femmes et les filles des pratiques sexuelles masculines agressives et de la violence masculine. Les abus sexuels sur les filles étaient spécifiquement considérés comme un abus de pouvoir des hommes adultes. Cela était manifeste dans la campagne de 1885 à 1908 visant à obtenir une législation sur l’inceste. Les féministes étaient déterminées à ce que toute forme d’abus de pouvoir visant à une satisfaction sexuelle soit lourdement pénalisé, afin que les parents masculins soient inclus dans une catégorie qui comprenait employeurs, beaux pères, etc.

 

Nous pensons qu’il ne devrait pas y avoir de loi spéciale contre l’inceste, mais que quand un délit est commis par une personne quelconque occupant une position fiduciaire, elle devrait également être sévèrement punie.

Les tuteurs, les maîtres d’école, patrons de toutes sortes, contremaîtres d’usines, patrons de lieux de distractions, ont en mains un pouvoir sur les jeunes filles qui peut rendre beaucoup plus difficile à une fille de résister ou de se protéger que dans un cas ordinaire(8).

 

Les préoccupations concernant les abus sexuels sur les enfants s’amplifiaient depuis la campagne pour

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l’abolition des lois sur les maladies contagieuses des années 1860. L’élévation de l’âge du consentement aux relations sexuelles à 16 ans en 1885 résultait directement des révélations sur la prostitution juvénile et l’exploitation sexuelle des filles jeunes. La loi de 1885 qui élevait l’âge du consentement à 16 ans pour les relations sexuelles et le laissait à 13 pour les attentats à la pudeur passa après qu’une commission de la Chambre des Lords ait rendu un rapport en 1882 relatif à la loi sur la protection des filles jeunes. Le rapport déclarait que la prostitution juvénile " augmentait jusqu’à une effroyable ampleur "(9). Un témoin du rapport parla de l’effet produit par l’augmentation de la demande en filles jeunes – les femmes prostituées du West End de Londres devaient maintenant s’habiller comme des petites filles pour attirer la clientèle(10). La législation de 1885 fut encouragée par la dénonciation par W. T. Stead, le rédacteur en chef de la Pall Mall Gazette, de la traite des blanches, basé sur le fait qu’il pouvait facilement acheter à sa mère une fille de 13 ans pour la prostitution. Après 1885 les féministes firent campagne pour combler les lacunes de la loi et pour obtenir une législation additionnelle sur les abus sexuels. Avant d’entrer dans le détail de la campagne pour la législation nous allons examiner la campagne de plus grande ampleur dont la revendication d’une législation n’était qu’une partie.

 

Le parti pris du système judiciaire

Il y avait un effort massif pour éveiller l’opinion publique sur le partis pris masculin du système judiciaire masculin, symbolisé par la citation du titre de ce chapitre, " C’est le genre de choses qui pourraient arriver à un homme ", extrait du compte rendu par un juge d’un procès pour abus sexuel qui causa l’indignation des féministes en 1925. Les féministes se plaignaient de ce que le délit d’abus sexuel ne soit pas traité comme s’il était sérieux et que la sentence soit complètement insuffisante en comparaison des sentences rendues pour des abus sexuels sur des garçons, et pour des délits mineurs contre la propriété. L’indulgence des sentences et le parti pris manifeste des juges masculins était conforté par l’étouffement des délits par la police et la connivence des personnalités influentes pour les dissimuler.

En 1914 au cours d’une conférence sur les agressions sexuelles sur les enfants, une certaine Mme Crosfield parla des difficultés d’obtenir la reconnaissance par les autorités du sérieux des abus sexuels sur les filles : " Quand nous en tant que femme avons essayé de le rencontrer [le délinquant] nous avons découvert que l’un des principaux obstacles résidait dans la difficulté à convaincre le clergé et même les magistrats de l’ampleur du danger(11). " Le traitement des cas par les juges et les remarques qu’ils faisaient dans les compte rendus provoquaient une particulière indignation parmi les militantes. Les juges semblaient essayer d’aider les accusés et

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de trouver des excuses comme dans le cas suivant cité par Mlle Hall, Secrétaire Honoraire de la Church Army Rescue Work. Elle a

 

Entendu la cause d’un (…) homme qui a commis une agression sur sa petite belle-fille de 14 ou 15 ans. Il a plaidé coupable, et juste comme la sentence allait tomber, le juge dit : " Aviez-vous une raison de penser qu’elle avait plus de 16 ans ? " " Oh oui, " dit-il, " Je pensais qu’elle avait plus de 16 ans, " et il fut relaxé. Bien sûr il connaissait parfaitement son âge. Mais il y a dans certains quartiers une politique de traiter les accusés avec indulgence(12).

 

Un autre exemple était donné à la même conférence d’un juge qui montrait clairement sa partialité à l’égard de l’accusé sur la base de son sexe. Mme Clare Goslett de la Mothers’ Union rapporta, " Nous devons veiller à l’éducation de l’opinion publique quand un juge dit à un jury : " Nous risquons tous de tomber, messieurs ; nous devons être cléments. " (13) Le titre cité vient d’un cas qui devint pleinement une cause célèbre. Il fut mentionné au Parlement par Lady Astor en 1923 et contribua à l’instauration d’un Comité Ministériel aux Agressions Sexuelles. Il fut cité dans le Shield, journal de l’Association for Moral and Social Hygiene, et dans le Vote, journal de la Women’s Freedom League. Le juge annonça une sentence légère pour une agression sexuelle commise sur une fille de sept ans par un homme d’un certain âge. Alors qu’il rendait la sentence le juge affirma que la fille avait racolé l’homme, l’avait séduit. Dans le Vote, Mr Fyfe commente " Une personne qui tient de tels propos, et vraisemblablement juge les autres par rapport à elle-même, est à coup sûr à peine capable d’avoir ses semblables sous sa juridiction ! " (14)

L’AMSH rassembla des témoignages de délits sexuels dans un rapport de 1919 établi par sa commission sur la moralité sexuelle. Plusieurs témoins parlèrent de leur inquiétude au sujet du comportement de la police et de son peu d’empressement à engager des poursuites. Un magistrat donna l’exemple suivant :

 

Un cas est venu à ma propre connaissance où le résultat de cela [l’inceste] est qu’ une fille est même enceinte – la fille aînée d’une famille assez nombreuse. La mère avait le cœur déchiré, mais la police adopta la position que l’homme était un respectable artisan en bonne situation, et que s’il était poursuivi cela pourrait briser le foyer, aussi ils adoptèrent l’attitude de discréditer l’histoire. Il y a une grande quantité de ce type d’affaires qui se joue, beaucoup plus que personne ne voudrait jamais le croire(15).

 

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Une certaine Mlle Costin donna le témoignage de ce même comité à propos de l’indifférence de la police envers la protection des jeunes filles. Elles était indignée que les hommes ne soient jamais arrêtés pour avoir incité à la vénalité n’importe quelle jeune fille et rapporta l’histoire suivante :

 

Comme une jeune fille vivait à Londres elle était souvent sollicitée et (…) quand elle s’en plaignit à la police on lui répondit (…) qu’elle ferait mieux de rentrer chez elle car les rues n’étaient pas une place pour elle. La police lui que quand les filles se plaignaient d’être importunées ils avaient simplement remarqué que la fille était une petite traînée et devrait être au lit(16).

 

Ce n’était pas seulement la police et les juges qui ne prenaient pas les agressions sexuelles sur les enfants au sérieux. Un article de NSPCC [National Society for the Prevention of Cruelty to Children, société pour la protection de l’enfance] décrit comment les hommes influents utiliseraient le chantage sur la Société [la NSPCC] après qu’un cas ait été révélé, menaçant de retirer leur subvention pour protéger leurs relations. L’exemple donné est celui du chanoine d’une cathédrale qui menaça de suspendre la collecte annuelle pour la NSPCC pour protéger un organiste d’église(17).

Beaucoup de militantes protestaient contre le fait que les sentences rendues pour des agressions sexuelles sur des enfants soient sans relation avec la gravité de l’agression. Le fait que des atteintes mineures à la propriété soient lus sévèrement punies causait une indignation particulière. Mme Goslett au cours de la conférence de 1914 sur les agressions sexuelles perpétrées sur des enfants se montra révoltée que la peine infligée pour un inceste père-fille soit souvent plus légère que celle infligée pour le vol d’une miche de pain(18). Une Mme Rackham au cours de la même conférence affirma que le réel danger des sentences légères était qu’elles définissaient la norme pour le comportement. Le NSPCC protestait contre la légèreté des peines, et le Shield revenait encore et encore à la question des sentences(19).

 

L’approche féministe

L’ensemble des femmes impliquées dans la campagne contre les agressions sexuelles sur des enfants se composait à la fois de celles qui avaient conscience d’être féministes et de celles qui, représentant l’Armée du Salut et l’Union des Mères, n’en avaient probablement pas conscience. La question des agressions sexuelles était souvent abordée dans deux journaux représentant l’aile militante de la lutte pour le droit de vote avant la première guerre mondiale. Il s’agissait du Vote, le journal de la Women’s Freedom League, et du Votes for Women, un journal indépendant dirigé par les Pethick-Lawrences après leur rupture avec le WSPU en 1912. Dans les années 1920 l’ère militante de la lutte pour le droit de vote avait pris fin avec l’admission partielle des femmes au suffrage en 1918, les agressions sexuelles restaient une préoccupation féministe pour l’Union Nationale des Associations

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pour une Égale Citoyenneté, qui se développait à l’extérieur de l’Union Nationale des Associations pour le Suffrage Féminin d’avant-guerre. Les abus sexuels constituaient également une préoccupation importante pour le Woman’s Leader, le journal du NUSEC, dans le contexte d’une lutte menée par les féministes autour de nombreux thèmes relatifs à l’égalité des droits. Autour de certains aspects de la campagne contre les abus sexuels, comme le parti pris masculin de la police et des magistrats, les attitudes des féministes déclarées, des organisations de femmes et des femmes représentant l’église et les association puritaines, étaient en étroite harmonie. Toutes voyaient le système juridique comme prenant parti contre les femmes et considéraient leur propre lutte pour les intérêts des femmes et des filles jeunes comme celle d’un même groupe. Une telle situation n’existe pas aujourd’hui, où nous sommes habituées à des femmes non féministes qui militent sur des thèmes relatifs à la sexualité dans des groupes tels que le National Viewers et la Listeners Association, et à ce que les organisations religieuses soient ouvertement anti-féministes et hostiles à l’idée qu’il pourrait exister une contradiction entre les intérêts masculins et féminins.

Votes for Women comportait une rubrique régulière tout au long de l’année 1915 intitulée " Comparaison entre les sentences. " Elle avait pour objectif de mettre en lumière l’énorme disparité entre les peines prononcées par la cour pour des crimes contre des femmes et celles prononcées pour des atteintes mineures à la propriété ou pour des agressions contre des garçons. Dans chaque article une colonne comportait trois exemples de peines légères et l’autre colonne comportait trois exemples de peines lourdes. Sous les peines légères on trouvait un cas d’abus sexuel sur une femme, un cas d’abus sexuel sur une fille jeune et un cas de cruauté contre un animal. La colonne " lourde " comportait des exemples de petits larcins et de vagabondage et d’abus sexuels sur des garçons. Le premier janvier les exemples de peines légères étaient : un jeune homme de 19 ans inculpé pour attentat à la pudeur sur des filles de 8 et 9 ans condamné à 3 mois de travaux forcés, un homme inculpé de cruauté envers un cheval condamné à une amende de 4 livres, un ouvrier vivant séparé de sa femme et l’ayant brutalisée dans la rue et ayant jeté des pierres à sa fenêtre condamné à 2 mois de travaux forcés. Les exemples de peines lourdes en comparaison étaient les suivants : un pasteur de 64 ans de la Hackney Mission Hall inculpé pour agression sexuelle sur un garçon dans un cinéma, condamné à 5 ans de travaux forcés, un marchand qui avait volé quatre manteaux condamné à 12 mois de travaux forcés, et une homme reconnu coupable de fraude auprès d’un commerçant pour un montant de moins de 5 livres condamné à deux peines de 18 et 15 mois de prison. Chaque

 

 

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Attitudes par rapport aux enfants abusés

Une grande part de la littérature contemporaine se rapportant aux abus sexuels sur les enfants contient une perspective victimologique, qui place la responsabilité dans une plus ou moins grande mesure sur l’enfant comme ayant participé ou précipité l’abus, comme agissant de façon séductrice ou paraissant séductrice. Pendant la période 1880-1930, le type d’approche, employé par quelques juges et la presse, fut fortement critiqué par les femmes réformatrices(20). Les théories psychanalytiques sur le désir de l’enfant d’un contact sexuel avec l’adulte n’avaient pas encore affecté ces questions avec les enfants. La période vit un mouvement éloigné de la première approche victorienne qui considérait les enfants abusés comme des enfants " perdus " qui avait seulement besoin d’un traitement strict en maison de correction. Les militants mobilisés autour des abus sexuels voyaient les enfants abusés comme exploités et ayant seulement besoin d’une aide sensible et compatissante.

 

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Antiféminisme et réforme sexuelle avant la première guerre mondiale

La naissance de la sexologie dans la période des année 1890 à la première guerre mondiale permit à l’antiféminisme de monter un attaque contre le féminisme avec toute l’autorité de la " science ". La revendication de " science " était encore relativement nouvelle et aucun scepticisme sain ne l’entourait pour protéger les femmes de ces assertions " scientifiques. " L’introduction des actes du Sex Reform Congress de 1929 cite Havelock Ellis, Ivan Bloch et August Forel comme les pères fondateurs de la nouvelle " science " de la sexologie(21). Le travail des sexologues et de leurs vulgarisateurs ouvrit une voie entièrement nouvelle dans la façon de penser au sexe et d’en parler. Le manteau de la science donnait aux superstitions et aux préjugés des sexologues une fausse objectivité. Leurs idées étaient directement en désaccord avec celles des féministes impliquées dans les campagnes de défi à la construction de la sexualité masculine.

 

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Ellis appelait sa redéfinition du féminisme la " nouvelle phase du mouvement des femmes ". Comme exemple de cette nouvelle phase à l’œuvre il dirigeait ses lecteurs vers l’Allemagne où il prétendait qu’existait un nouveau mouvement de femmes allemandes " de caractère fondamentalement émotionnel. " Il pleurait pour des droits " émotionnels " aussi bien que politiques qui s’étaient propagés à travers tout l’Empire Allemand et même la Hollande et la Scandinavie. L’objet de la campagne était la " demande des mères " et le nouveau mouvement était porteur d’une " différence décisive " par rapport au mouvement initial. Alors que le mouvement initial était fondé sur " la supposition constante que les femmes doivent être autorisées à faire tout ce que font les hommes " le nouveau mouvement allemand se fondait sur " la différenciation entre la femme et l’homme ". [voir Havelock Ellis La femme dans la société, Mercure de France, 1929, p. 113 à 117] Le nom de ce nouveau mouvement était " Mutterschutz " et il était d’après Ellis étroitement lié au mouvement pour la réforme sexuelle en Allemagne et appuyé par les récents développements de la science allemande particulièrement dans le domaine de la pathologie sexuelle. " Mutterschutz " était le premier nom du " Journal pour la réforme de la morale sexuelle " fondé en 1905 et dirigé par Helene Stöcker de Berlin et qui fut en 1913 rebaptisé Die Neue Generation. Le journal traitait de " toutes les questions qui dérivaient de la fonction sexuelle ", y compris l’amour, la prostitution, l’hygiène sexuelle et l’éducation sexuelle. Le journal était originellement l’organe d’une association pour la protection des mères, plus particulièrement les mères célibataires, appelée la " Bund für Mutterschutz ".

L’assimilation, effectuée par Ellis, du Mutterschutz à cette nouvelle forme idéale de féminisme présage du développement du Mouvement des Femmes britannique dans les années 1920 vers un mouvement pour la rémunération de la maternité qui, comme nous le verrons dans le prochain chapitre, établit des connexions entre l’eugénisme et le féminisme et exalta la maternité aux dépens des autres préoccupations féministes. L’exaltation de la maternité par le Mutterschutz correspondait parfaitement au développement de l’idéal fasciste du destin féminin dans l’Allemagne des années 1920 et 1930. Ellis remarquait que l’ancien mouvement pour les droits des femmes se tenait à l’écart du Congrès pour la Protection des Mères et la Réforme Sexuelle qui se tint à Dresden en 1911 en liaison avec une grande exposition sur l’hygiène. Au cours de ce Congrès une union internationale fut établie entre les personnes intéressées par une réforme sexuelle, fondée sur la reconnaissance de l’importance de la maternité, qui s’étendait à l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie, la Suède et la Hollande. Ellis renvoyait ses lecteurs

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désireux de comprendre l’idéal sous-tendant ce mouvement aux travaux d’Ellen Key qui croyait aux différences fondamentales entre les sexes et considérait comme de la folie de pousser des femmes à accomplir des " travaux d’hommes "(22). Globalement, l’idéal de Ellis était le " désir d’élever une race d’hommes virils et de femmes féminines solidement bâtis, sains d’esprit et sûrs d’eux "(23).

Dans ses écrits des années 1930, Ellis exprimait son soulagement que le type de féminisme dans lequel les femmes avaient recherché " l’égalité " avec les hommes soit défunt. Comme Ellis s’enthousiasmait de la mort du féminisme il s’expliquait sans ambiguïté sur sa conception du " nouveau féminisme " :

 

Ceux qui faisaient la propagande de cette notion aujourd’hui plutôt dépassée " d’égalité " des sexes, dans le sens d’une ressemblance si ce n’est d’une identité, se justifiaient dans la mesure où ils protestaient contre la superstition de l’infériorité des femmes qui s’est révélée si influente, et, comme beaucoup de nos pensées, si malveillante dans ses applications au sein du domaine social. Mais l’étendard de l’égalité sous lequel ils luttaient, au cours de leurs nécessaires et saines revendications dans les domaines politiques et sociaux, n’avait de fondement biologique(24).

 

Il croyait à une " équivalence ", pas à une égalité. Cela signifiait que la " dissemblance entre les deux moitiés de l’espèce est compensée.(25) " Il considérait que les deux sexes avaient des rôles biologiques déterminés complètement séparés. Le rôle des femmes était celui d’épouses et de mères. Ellis s’effrayait de l’idée que les femmes puissent avoir " la même éducation que les hommes, les mêmes occupations que les hommes, et jusqu’aux mêmes sports.(26) " Il décrivait cette idée comme " la source de tout ce qui était déséquilibré, parfois à la fois un peu absurde et un peu pathétique, dans l’ancien mouvement des femmes.(27) " Ellis s’était fait la réputation d’être plutôt proféministe en dénonçant régulièrement l’idée que les femmes étaient " inférieures " et leur " soumission " historique aux hommes. Ellis voulait mettre un terme aux inégalités juridiques et il voulait " l’indépendance économique " des femmes. Cette indépendance devait être réalisée par la rémunération de la maternité, c’est à dire payer les femmes pour qu’elles remplissent leur rôle de mères. Ellis voulait éliminer le disgracieux et trop visible symbole de la soumission féminine, tandis qu’il maintenait le pouvoir masculin à travers la doctrine des " domaines séparées " des hommes et des femmes.

Une des récompenses pour les femmes de l’accomplissement de leur tâche dans leur domaine séparé était leur érotisation, c’est à dire leur droit au plaisir sexuel. La sexualisation de la femme dans le contexte des relations hétérosexuelles, un événement dans lequel dans lequel Ellis joua un rôle important, peut être vu comme une

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compensation prise pour tout ce qu’elle avait à perdre, plutôt que comme un pas en avant vers la liberté sexuelle. Ce qu’elle avait à perdre c’était le droit d’être célibataire, de s’engager dans une relation passionnée avec des femmes, à moins que cela ne prenne la forme imposée par ses stéréotypes lesbiens, d’entrer en compétition avec les hommes pour le travail et d’autres perspectives, et de défier le comportement sexuel masculin.

Le mouvement de glorification et de protection de la maternité qui se propagea à travers l’Europe à partir de l’Allemagne était soutenu par des réformateurs sexuels masculins et comportait les idées de la réforme sexuelle alors qu’il se représentait lui-même comme partie intégrante du mouvement pour l’émancipation des femmes. Quel était le rapport entre le mouvement pour la maternité et la réforme sexuelle ? Un coup d’œil sur la littérature allemande détrompe le lecteur de l’idée que toute notion de réforme sexuelle ou même de promotion du plaisir sexuel féminin soit nécessairement dans l’intérêt des femmes. Deux ouvrages allemands traduits en anglais en 1908 et 1909 sont reconnus comme des classiques dans l’histoire du mouvement pour la réforme sexuelle. The Sexual Life of Our Time de Iwan Bloch fut traduit par Eden Paul, membre du Parti Travailliste Indépendant, un des chefs de file du mouvement de contrôle des naissances en Grande-Bretagne, qui devint plus tard un des chefs de file de la Société Britannique pour l’Étude de la Psychologie Sexuelle et participa au congrès londonien de la Ligue Mondiale pour la Réforme Sexuelle en 1929. Comme les autres réformateurs sexuels, Bloch supposait qu’il existait des différences biologiques et psychologiques de base entre hommes et femmes. Il utilisait la symbolique des activités du spermatozoïde et de l’ovule pour illustrer ces différences et écrivait, " Le spermatozoïde et l’ovule sont les représentations originales des natures spirituelles respectives de l’homme et de la femme(28). " Il reconnaissait sa dette envers le Man and Woman de Ellis dans le développement des ses idées. Bloch décrivait ainsi la différence sexuelle : " La nature de l’homme est agressive, progressiste, changeante ; celle de la femme est réceptive, plus sensible aux stimuli, plus simple.(29) "

Nous trouvons dans le travail de Bloch un aperçu de la signification du lien entre la réforme sexuelle et la défense de la maternité. Il cite l’auteur de " Splitter " dont il affirme qu’il a " bien caractérisé la sphère sexuelle étendue de la femme " :

 

Les femmes sont en réalité un pur sexe de la tête aux pieds. Nous les hommes avons concentré notre instrument en une place unique, nous l’avons extrait, séparé du reste de notre corps, parce qu’il est prêt à partir. Elles sont une surface ou cible sexuelle ; nous avons seulement une flèche sexuelle. La

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procréation est leur véritable élément, et quand elles y sont occupées elles restent chez elles dans leur propre domaine ; nous pour ce dessein nous devons aller ailleurs en dehors de nous-mêmes. En matière de temps notre participation à la procréation est également ciblée. Nous pouvons consacrer à cette affaire à peine dix minutes ; alors que les femmes y consacrent des mois. À proprement parler, elles procréent perpétuellement, elles se tiennent continuellement au chaudron de sorcière, bouillant et mijotant ; tandis que nous prêtons une main simplement en passant, et nous ne faisons rien de plus que de jeter un ou deux morceaux dans le réceptacle(30).

 

Bloch était étroitement associé au Bund für Mutterschutz et il faisait en 1907 partie du bureau de cette organisation. Le lien entre la maternité et la réforme sexuelle se reflète dans cette citation comme une assimilation entre reproduction et sexualité chez les femmes. La femmes est uniquement représentée comme un organisme reproducteur, rien de plus, rien de moins, et par conséquent comme entièrement sexuelle. C’est une image différence de l’image victorienne dans laquelle la femme était autorisée à être reproductrice mais pas sexuelle dans son propre droit, simplement un réceptacle sexuel pour l’homme. Cependant le fait que la femme soit proclamée sexuelle et exhortée à l’être et même à avoir droit au plaisir sexuel était considéré comme une extension de son rôle et de son domaine naturels de maternité. La femme devait continuer à être un organisme reproducteur avec un domaine naturel séparé et distinct de celui de l’homme mais elle devait recevoir une gratification physique pour l’accomplissement de ses fonctions.

L’ouvrage de Forel The Sexual Question, traduit et publié dans une édition américaine en 1908, montre comment la rhétorique de l’égalité peut être incorporée dans ce qui apparaît comme des idées totalement opposées à la lutte pour l’émancipation des femmes. Forel fut le dernier à être l’un des présidents de la World League for Sex Reform après Magnus Hirschfeld et Havelock Ellis. Il croyait lui aussi à des différences naturelles physiques et mentales entre hommes et femmes. Il écrivait à propos des goûts en matière de partenaires sexuels des femmes :

 

Sa stature et sa force inférieures, avec son rôle passif dans le coït, expliquent pourquoi elle aspire au soutien d’un mâle puissant. C’est une simple question d’adaptation phylogénétique naturelle.

 

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Le déclin du militantisme féminin

Le visage du féminisme des années 1920 était très différent de celui du mouvement pour l’obtention du droit de vote avant la première guerre mondiale. La politique d’actions directes et la campagne pour le changement du comportement sexuel masculin furent remplacées par une forme de féminisme d’égalité des droits qui n’offrait pas de défi direct à la domination masculine et qui acquit à partir des années 1920 beaucoup des caractéristiques du " nouveau féminisme " idéal de Havelock Ellis.

L’union des femmes politique et sociale [WSPU] d’Emmeline et Christabel Pankhurst s’est divisé au début de la guerre quand Christabel opéra sa dramatique conversion au nationalisme et au militarisme. Au commencement de la guerre les Suffragettes voyaient la guerre comme un exemple d’agression masculine.

 

p. 166

[Charlotte Haldane dit que le changement du féminisme après guerre est une conséquence du baby boom. La nécessité de repeupler mit fin aux revendications de célibat et encouragea un féminisme essentialiste idéalisant la maternité]

 

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[L’arme de la frigidité est utilisée pour obtenir le consentement des femmes. Avant les années 1920, on n’attendait pas des femmes qu’elles désirent faire l’amour. Mais désormais, on exige le plaisir féminin et on traite les réfractaires d’anormales (frigides)]

 

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Index

Déterminisme biologique 129-130, 133, 135-137, 138-139, 142-144, 153, 154, 158-159 ; feminist 38-39.

Éducation sexuelle 18, 29, 187

Hirschfeld, Magnus, 139, 186-187

Idées psychanalytiques 63, 112, 150, 169, 182, 183, 191.

Reich Wilhelm, 186

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1- Judith Walkowitz, Prostitution and victorian society : Women class and State, Cambridge University Press, 1980.

2- Lawrence Stone, The family, sex and marriage in England 1500-1800, London, Weidenfeld & Nicolson, 1977.

3- Deux livres profitables sur la construction sociale de la sexualité : J. H. Gagnon et William Simon, Sexual conduct, Londres, Hutchinson, 1973, et, pour une approche féministe, Stevi Jackson, On the social construction of female sexuality, London, WRRC Publication, 1978.

4- Dale Spender, Women of Ideas (And What Men Have Done To Them), London, Ark Paperbacks, Routledge & Kegan Paul, 1982, p. 11.

5- Ibid., p. 3.

6- Ibid., p. 3.

7- Sylvia Pankhurst, The suffrage movement, London, Virago, 1977, 1ère publication 1931, p. 31.

8- Vigilance Record, décembre 1895.

9- Personal Rights Journal, 15 septembre 1882.

10- Ibid.

11- Assaults on Children, compte rendu de la Conference on Criminal Assaults on Children, NSPCC (National Society for the Prevention of Cruelty to Children, société pour la protection de l’enfance) London, 1914, p. 25.

12- Ibid.

13- Ibid., p. 24.

14- The Vote, 20 mars 1925.

15- Association for Moral and Social Hygiene, Report, Committee on Sexual Morality, London, AMSH, 1919. Témoignage de Mr W. Clarke Hall.

16- Ibid. Témoignage de Mlle Costin.

17- Association Nationale pour la Prévention de la Cruauté à l’égard des Enfants, Occasional Paper XVII, contenant des témoignages soumis au Comité Départemental au Agressions Sexuelles, 1926.

18- Assaults on Children, déjà cité.

19- The Shield, 1914-1915.

20- Sheila Jeffreys, The Sexual Abuse of Children in the Home’, in S. Friedman and E. Sarah (eds), On the Problem of Men, London, The Women’s Press, 1982, p. 63.

21- Magnus Hirschfeld, Introduction de Norman Haire (éd.), The Sex Reform Congress, London, Kegan, Paul, Trench, Trubner, 1930.

22- Havelock Ellis, The Task of Social Hygiene, (Le travail de l’hygiène sociale) London, Constable, 1913, p. 103.

23- Même source, p. 310.

24- Ellis, Man and Women, p. VI.

25- Même source, p. VI.

26- Havelock Ellis, Sex in Relation to Society, Studies in the Psychology of Sex, volume 6, London, Heinemann, 1946, p. 247.

27- Même source, p. 247.

28- Iwan Bloch, The Sexual Life of Our Time, London, Heinemann, 1909, p. 72.

29- Même source, p. 72.

30- Même source, p. 84.